Lac de Pradeilles (Pyrénées Orientales)

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Ce blog comme une promenade entre amis… On pourra donc lire ou écrire, admirer la nature, ramasser des cèpes ou des morilles , pêcher à la mouche, jouer au poker, parler médecine, littérature, actualité,ou même de tout et de rien comme le font des amis en fin d'une belle journée de randonnée...
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dimanche 1 juillet 2018

Pas très Joyeux


    Vous intéresser à ce sujet en pleine coupe du monde n’est pas évident, et puis j’en ai déjà parlé dans ce billet, qui expliquait comment je m’étais fait piéger par une pétition qui masquait le combat anti vaccins d’un des anciens « patrons » de mes études. 

       J’ai aussi expliqué que si je garde tout mon respect pour l’homme que j’ai vu opérer, je suis aussi tout à fait opposé à la croisade qu’il mène contre les vaccins et son obsession pour le rôle, fondamental selon lui, de l’alimentation (certes en partie impliquée) dans la survenue des cancers. Il semble que certains esprits brillants galopent à la dérive sur le dada qu’ils enfourchent, sans doute dans une recherche de pouvoir dans un « créneau » particulier, si possible original, dont ils deviennent des gourous, et sans doute aussi de bénéfices financiers.

        Le conseil de l’ordre des médecins a voulu radier ce professeur arc bouté sur ses positions d’allure paranoïaque, mais cette radiation a été annulée par la chambre disciplinaire de ce même ordre, et d'ailleurs le copinage local semble suspecté par Michel Cymes dans cette volte face.

Michel Cymes + Marina Carrere d'Encausse= magazine de la santé



   Lequel Michel Cymes, qui était à la médecine ce que Bernard Pivot était à la littérature, quitte le Magazine de la santé, animé par lui avec talent, humour et pédagogie pendant des années, sur un coup de gueule auquel j’applaudis sans réserve.


mardi 5 juin 2018

Syndrome méditerranéen ?

N'exagérons pas…


         Un petit retour sur mon parcours professionnel m’est permis à l’occasion de cet article de France info, même s’il devient je trouve extrêmement difficile de donner un point de vue sans être assailli de critiques à la moindre virgule mal placée, au moindre mot  qui n’est pas parfaitement choisi dans une phrase.

       Inclure le « syndrome méditerranéen » dans un article stigmatisant les préjugés racistes supposés des médecins est ni plus ni moins faire un amalgame dont semblent malheureusement friands les journalistes. 

       Un syndrome est un ensemble de symptômes que le médecin cherche à regrouper pour faciliter sa démarche diagnostique. En plus des symptômes eux mêmes (douleur, difficultés à respirer, fatigue, boiterie, etc…), l’expression de ces symptômes représente ou bien  une aide ou bien un piège pour le thérapeute. 
     Le médecin débutant, peu expérimenté, aura tendance à se préoccuper en priorité des expressions les plus bruyantes. Celui qui hurle est censé souffrir plus que celui qui crispe son visage sans mot dire. Si l’expression du symptôme par le malade est proportionnelle à la gravité du problème, ce peut être une aide. « Il a trop mal pour ne pas avoir une fracture » Pourtant combien de radios ont-elles été prescrites pour de simples contusions ? Elles n’étaient pas pour autant inutiles, justement dans le but d’éviter l’erreur de diagnostic. 
       A l’inverse, le piège est parfois tendu quand la personne est « dure au mal » au point d’exprimer comme à regrets sa douleur comme un peu plus qu’une simple gêne. Je me souviens d’une ménagère corpulente venue me voir pour une douleur au poignet depuis une « petite » chute. La palpation de la main et du bras n’entrainait pas de réaction nette, son poignet était vaguement enflé, elle est repartie avec sa prescription de radio en portant un cabas de 2 ou 3 kilos, est revenue seulement 3 jours après avec une image de fracture nette…Je pourrais multiplier les exemples bien sûr.

      La hantise de nous faire piéger par les distorsions d’expression nous accompagnait en permanence. Et en acquérant de l’expérience, le contour du « syndrome méditerranéen » s’est progressivement dessiné, comme étant une présentation théâtrale des symptômes, pas forcément signe  de gravité. Je n’ai pas dit « pas signe de gravité », j’ai dit « pas forcément ». Rester très attentif était néanmoins obligatoire, le sentiment d’urgence créé par une dose d’ « hystérie », et si générateur d’angoisse, s’atténuait simplement. Autre souvenir quand jeune interne j'avais dû examiner à l'hôpital une mamma gitane qui se plaignait de toutes les zones de son corps, et j'avais cru malin de déclarer "avoir mal partout, c'est n'avoir mal nulle part" selon le précepte d'un patron qui avait voulu maladroitement nous donner confiance. Toute la famille me cherchait ensuite dans les services pour me faire ravaler ma réflexion "raciste" j'avais calmé le jeu en exposant la  batterie d'examens que j'avais malgré tout prévue pour elle…

      Mais pourquoi méditerranéen alors ? Peut être employer l’adjectif « latin » aurait été plus consensuel, car peu de gens nieraient que le mode d’expression des latins dans la joie, la peine ou la souffrance soit plus spectaculaire, bruyant et coloré que celui des anglosaxons par exemple. Mais employer le mot latin ou méditerranéen n’a rien à voir avec une stigmatisation raciste, il faudrait voir à ne pas tout mélanger. La mort de la jeune africaine citée dans l’article est une tragédie, une gravissime erreur médicale. Le racisme s’insinuerait clairement si cette personne n’avait pas eu les soins requis du fait de ses origines. 

       Mais si ses origines ont fait conclure à un syndrome méditerranéen et qu’on ne soit pas allé au delà de cette conclusion, c’est une très lourde négligence, le piège du faux ami que sait être la fréquentation de ce syndrome s’est refermé sur une erreur de diagnostic, qui n’a pas besoin du racisme pour être dramatique.





mercredi 11 octobre 2017

Ne soyez pas influenzés




           Virus grippal= virus influenza d'où le titre de ce billet. Après lecture de cet article qui a rappelé au toubib que je reste qu’effectivement les réticences à se faire vacciner étaient relativement fréquentes, et pour de mauvaises raisons, j'ai eu envie de proposer un petit complément.

           Objection 1: « je n’ai jamais eu la grippe, alors je ne vais pas me faire injecter volontairement un virus »

      En fait on n’injecte plus depuis des années un virus entier même inactivé (tué), qui dans les premiers temps pouvait de fait être mal toléré par certaines personnes en particulier des asthmatiques, mais des fragments de plusieurs mutations de ce virus toujours inactivé (qui évolue sans cesse). On ne garde que des protéines de pouvoir antigénique (capables de faire sécréter nos anticorps de défense) et en aucun cas on n’inocule un virus actif. Et les asthmatiques sont d’autant plus concernés par la vaccination qu’ils ont un système broncho-pulmonaire fragilisé. Enfin ne jamais avoir rencontré la grippe, c’est comme ne jamais avoir eu d’accident, c’est une chance mais ne préjuge pas du futur.

          Objection 2: « je me suis fait vacciner l’an dernier, pourtant j’ai attrapé la grippe »

- il arrive comme cela s’est produit je crois en hiver 2015-2016 que le virus mute encore après la mise au point du vaccin. Son efficacité est alors évidemment en partie affectée, éventualité qui reste rare.

- plus souvent la personne qui croit avoir attrapé la grippe a souffert en fait d’une virose ORL et respiratoire « cousine » qui donne un tableau grippal mais n’est pas la « vraie » grippe. Ces virus sont nombreux (adenovirus, rhinovirus, virus respiratoire syncitial…) et la majorité du temps bien moins dangereux que la vraie grippe. 

- Complique encore les choses le fait que ces virus sont souvent actifs en automne hiver, et sévissent en période de vaccinations, où certains se vaccinent en incubant par exemple un rhinovirus, ce qui entraine alors l’objection 3

          Objection 3: « je me suis fait vacciner, et ça m’a donné la grippe »

Et le patient ayant objecté 1 opine du chef en ajoutant « vous voyez ! »

          Non, n’oubliez pas que la grippe tue (près de 15000 morts en hiver 16/17, autant que la canicule de 2003). Ses attentats à elle sont discrets et peu médiatisés mais bien plus massifs que les attaques terroristes. Plus vous êtes âgé et/ou fragile, plus plus avez de risques de faire une grippe grave. Le vaccin n’est certes pas une assurance tous risques, il ne « marchera » jamais à 100%, mais il est maintenant parfaitement toléré et c’est une arme réelle dont vous auriez bien tort de vous priver (à exclure seuls les rarissimes allergiques à l’oeuf ou d’autres composants du vaccin). Il peut aussi en "bonus" en partie renforcer vos défenses immunitaires contre les rhumes et autres virus « cousins ».

       Pour aller plus loin dans la connaissance de la grippe, voir ici 

Mais non, c'est juste un rhube…

samedi 1 juillet 2017

Que Simone Veil(le)



        Cette grande dame admirable a longtemps été personnalité préférée des français, et le consensus des louanges est à juste raison total au moment de son décès. 

       Sa droiture, ses convictions, sa combativité ont permis à bien des femmes d’être dans la légalité lorsqu’elles étaient confrontées à, de leur point de vue, l’obligation d’avorter. Cette décision toujours cornélienne pour une future maman n’avait pas besoin de voir ajouter à sa lourde difficulté « de base » une « double peine », les condamnations "morales" et religieuses, et les embûches géographiques et financières complexes. Le développement de la pilule et la loi légalisant l’Interruption Volontaire de Grossesse ont  sans doute été le plus grand pas en avant réalisé par les femmes des sociétés occidentales dans leur lutte d’émancipation au sein d’une société machiste.

      Le fait d’avoir été rescapée de l’horreur des camps nazis lui conférait de plus une aura qui, si elle ne désarmait pas ses adversaires, les forçait en tout cas au respect.

      Son image pourrait ainsi correspondre au but affiché par notre nouveau président, à savoir faire sauter les verrous paralysant notre pays entre « la droite » et « la gauche », puisqu’on pouvait la définir comme une femme politique de droite… et progressiste. Elle ne sera plus là pour inspirer ceux qui maintenant nous gouvernent, mais souhaitons avec force que son symbole gardera assez de lumière pour éviter les retours en arrière hélas toujours possibles. 

     Il est à noter par ailleurs que cette figure du féminisme capable d’imposer à une assemblée houleuse et hostile une loi aussi controversée à l’époque que celle sur l’IVG est par ailleurs restée opposée au mariage homosexuel et à l’homoparentalité, tabous qui ne semblent pourtant pas à l’heure actuelle  plus difficiles à déraciner que celui de l’avortement en 1975. Comme quoi même une largeur de vue panoramique peut avoir des limites un peu inattendues...

  Comme dit Gustave Parking à la fin de certains de ses sketchs: « je vous laisse réfléchir là dessus »


jeudi 27 avril 2017

Docteur lambda



            Ce n’est pas vraiment le surnom qui conviendrait pour Jean Christophe Rufin, qui raconte à peu près son parcours dans « Un leopard sur le garrot », que j’ai lu avec gourmandise. Cet homme brillant et simple, semblant à l’aise dans tous les milieux a été tour à tour un médecin neurologue assidu, un médecin humanitaire de MSF et de AICF au regard attentif à l’évolution du monde, un ambassadeur du gouvernement français en Afrique, et un écrivain maintenant très reconnu, académicien s’il vous plait, dont l’écriture fluide va sans doute m’entrainer à lire tous ses livres, moi qui n’avait lu jusqu’alors, déjà avec plaisir, que Katiba et Compostelle malgré moi.

           En dehors de cette aisance de rédaction, ce sont bien sûr ses remarques sur la médecine, sur l’humanitaire et sur son travail d’écrivain qui m’ont touché, en écho scintillant à mes propres vélléités restées dans l’ombre dans ces trois domaines. En cherchant bien, j’aurais 3 choses à reprocher à Rufin: son prénom un peu bouffon, le prénom de son premier fils, Maurice, plutôt ringard aussi, et le fait qu’il soit neurologue… Oui, je plaisante, ces reproches sont bien sûrs aussi mesquins que peut paraitre en regard mon parcours de médecin lambda. Mais c’est pour dire que pour le reste, comme disent volontiers les jeunes, respect…

        Car Docteur lambda c’est moi, resté 30 ans collé au rocher d’un cabinet généraliste de ville moyenne, après avoir pourtant rêvé pendant mes 2 dernières années d’études de partir en mission avec  MSF encore balbutiant, rêvé les premières années de modifier en profondeur la relation médecin-malade, et rêvé d’autres années d’écrire un livre qui recueille maintenant la poussière de mes tiroirs, jugé  par moi-même insuffisant pour tenter l’édition. 

      JC Rufin explique que la médecine était pour lui une évidence dans son enfance immobile à Bourges, pas très loin de l’Allier où la mienne était tout autant engluée. Il n’avait pas de père après le rapide divorce de sa mère, ce qu’il considère à postériori comme une chance, mais une statue du commandeur était toutefois chez lui, en la personne de son grand père, médecin qu’il plaçait sur un piedestal sans pour autant d’après lui s’en faire aimer. En tout cas la médecine était pour lui une voie naturelle, rien à voir avec moi. Mon propre père lui était présent,  et, comptable à la Banque de France, il exigeait que les colonnes de chiffres ne rognent pas sur les marges, mais… pas seulement les colonnes  de chiffres. Et en ce sens l’absence de père n’est pas forcément un handicap lorsqu’au lieu de guider, ce père ne sait qu’enfermer dans des interdits. Mais j’ai passé l’âge de mettre sur le dos de facteurs extérieurs la réponse  aux « pourquoi n’avoir pas »… 

       Rufin exprime combien la médecine l’a accaparé jusqu’à l’enfermer dans la routine des tâches hospitalières quotidiennes intangibles. Il a courbé l’échine en soulignant le travail épuisant mais borné de bovin obligé d’engloutir une énorme dose de nourriture calibrée pour réussir l’internat, puis la ronde répétitive des visites et contre-visites immuables. Concours de l’internat des hôpitaux, une tâche qui m’avait semblé au dessus de mes forces quand était venue l’heure des « conférences d’internat » censées former notre élite médicale, parce que j’avais déjà erré dans les usines à bachottage des classes prépas HEC et Sup de co où j’avais été brillant comme un ex-prix d’excellence de lycée, mais tellement inadapté… Le seul parmi les 3 reproches gags que je lui ai faits qui ait quelque raison d’être est ce choix de la neurologie, domaine où l’analyse des symptômes permettait des finesses de limier, des exercices diagnostiques  de haute volée, mais en revanche ne débouchaient jamais à l’époque sur des thérapeutiques performantes et des résultats gratifiants pour les malades. Sans doute l’oeil acéré du neurologue formait-il déjà celui tout aussi pointu de l’écrivain… Ceci étant, qu’un neurologue évolue vers l’humanitaire reste assez étonnant.

        Pour Rufin, la sensation d’étouffer dans la médecine a été un moteur du changement, associé à une grande part de hasard, pour avoir été invité par un ami à de toutes premières réunions embryonnaires de MSF. Ayant rejoint sa mère à Paris quand elle avait pû enfin subvenir à leurs besoins, il y avait fait ses études et dans les conversations étudiantes la curiosité naissante pour l’humanitaire  pouvait s’y enrichir bien plus facilement qu’en province.

        Les études médicales ont au contraire pour moi été d’abord une libération, abandonner Sup de co après 1 année sans réussir à m’intéresser un iota au marketing ou la comptabilité, quelle bouffée d’air ! Et je sus gré pour cela à mes parents, tout en prenant soin de m’éloigner d’eux de 500 kms, d’accepter de me voir partir pour un cycle de 8 ans quand 2 ans de plus dans ma Sup de Co pouvaient m’offrir un métier. Mais depuis je n’ai guère fait que 140 kms de plus avant de me fixer en plein vent comme une arapède sur un caillou de bord de mer… Les 2 premières années furent certes un pensum qui, comme le souligne Rufin, ne sert qu’à éloigner les littéraires des études médicales, au bénéfice des formations scientifiques, mais ensuite la séméiologie (étude des symptômes) et les grands chapitres de pathologie m’ont plutôt passionné, tout comme les stages hospitaliers, même si comme il le dit les étudiants étaient à peine tolérés et souvent méprisés.

      Ce n’est que bien plus tard que je me suis aussi senti étouffé, dans mon exercice, par les contraintes administratives croissantes, et l’évolution de la médecine vers le morcellement, les parcours d’un spécialiste à l’autre, les spécialisations dans les spécialités, le poids toujours plus grand des examens complémentaires et des protocoles de soins, sans compter les déceptions de certaines relations avec les malades heureusement compensées par d’autres.

       Rufin a vite renoncé à chalouper au sein de l’hopital pour obtenir d’être adoubé par un mandarin pour compléter une carrière hospitalière. Il est un peu difficile de le croire dépourvu de duplicité diplomatique quand on sait qu’il a été ambassadeur, conseiller gouvernemental, dirigeant d’AICF (les pages sur les conflits internes des ONG ne sont pas les plus intéressantes du livre), lauréat de prix littéraires jalousés, et académicien. Mais on a envie de croire sa « bonne tête » dans l’émission Thé ou café de Catherine Ceylac 

        L’année entière où j’eus une fonction d’interne hospitalier fut pour moi un très bon souvenir, car j’avais un réel plaisir à travailler en équipe, solidairement et à égalité avec les infirmières, aides soignantes et filles de salle, tout comme avec les chefs de service. En ce qui  concerne ces derniers, l’absence de rapport de force provenait aussi sans doute du fait que je n’avais aucune chance de briguer un jour la place du khalife…

      Après avoir rencontré celle qui allait devenir ma femme, devenu père de famille et médecin « générique », je n’apercevais plus les loupiotes qui prétendaient m’attirer au loin vers l’humanitaire. Leur lumière s’est progressivement éteinte pendant que la structuration toujours plus complexe, la spécialisation , les orientations politiques, rendaient les ONG inaccessibles à des amateurs dans mon genre dans un monde toujours plus guerrier et dangereux.

       Si j’en ai quelques regrets, ils sont probablement assez égoïstes. Rufin dit que « l’action empêche d’écrire, mais nourrit l’écriture ». c’est sans doute pour cette raison, le manque de nourriture, que tant de textes, comme celui qui dort dans mon tiroir, clapent du bec comme des poissons en manque d’oxygène échoués sur le sable.





samedi 27 juin 2015

Mea culpa




           Signer une pétition hâtivement ne devrait plus être une erreur qu'on commet à mon âge, et qui plus est quand on est "dans la partie". C'est bien pourtant ce que j'ai fait il y a quelques jours, en me faisant piéger par celle que proposait le professeur Henri Joyeux.
         
         J'aurais beau jeu de prétendre avoir été influencé par le fait que ce chirurgien et cancérologue avait été mon professeur à la faculté, à qui j'avais eu l'occasion de "passer les instruments" en étant étudiant en stage au bloc opératoire lors de quelques interventions marathons qu'il réalisait avec un talent certain (ex: lobectomies du foie). J'avais eu l'occasion pourtant de déjà me méfier de ses théories sur le cancer qui à peu près toutes sont centrées sur l'alimentation, thème certes très porteur et probablement rémunérateur, mais non à ce point prioritaire, qui lui a permis de signer nombre de livres sur le sujet avec un côté systématique assez douteux. 

           J'ai réagi aussi de façon épidermique car depuis quelques années quand j'étais encore en activité, je déplorais effectivement à maintes reprises de prescrire un vaccin simplissime nommé DT polio, et de de voir revenir les patients pour cause de rupture de stock à répétition avec un vaccin plus sophistiqué et bien sûr beaucoup plus cher. Le lien menant à la signature de la pétition était simplement intitulé "Vaccin DT Polio, l'appel urgent": l'appât était en place.

           Mais bien sûr j'aurais dû être bien plus attentif aux arguments fallacieux qui suivaient au lieu de me contenter en les survolant d'un "ouais, bon, c'est pas encore fini ces histoires" quand l'éminent professeur remettait sur le tapis l'histoire de la sclérose en plaque et du vaccin contre l'hépatite B (dont je rappelle qu'aucun lien n'a été prouvé) ou celle de l'aluminium dans les vaccins responsable de (presque) tous les maux dans des attaques bien mal étayées.

           La substitution d'un vaccin par d'autres m'ayant souvent révolté, surtout pour des raisons économiques, j'ai cru que cette pétition me donnait l'occasion d'exprimer à postériori mon mécontentement, sans voir que j'étais manipulé pour grossir les rangs des "anti-vaccins", ce que mon parcours me conduit à refuser farouchement. Même si sporadiquement un vaccin peut avoir des effets délétères, en comparant avec les bénéfices il n'y a pas photo. Je me suis rendu compte de la dérive en voyant le "buzz" provoqué sur Internet, et en recevant ensuite à maintes reprises des mails non sollicités de "l'institut de médecine naturelle"du même H Joyeux.


        De nombreuses réactions mesurées et argumentées m'ont depuis prouvé que j'avais été "récupéré"pour un objectif sans doute moins noble que ma naïveté avait laissé dans l'ombre. J'ai beaucoup apprécié en particulier celle ci, du Dr Pillot, pédiatre, que je propose ensuite à qui veut la lire.

samedi 1 mars 2014

Allez vous faire voir chez les Grecs




                   Cette expression un peu vulgaire deviendra obsolète maintenant que sont fermés les centres de santé de la sécurité sociale grecque , lesquels essayaient tant bien que mal de soigner la population la plus pauvre du pays, en extension constante. La menace couvait depuis longtemps, et plus particulièrement depuis Décembre 2013, après la grève des médecins de ces centres.  

                 Et donc les médecins de ces centres se retrouvent à la rue, et les patients les plus démunis n'ont plus le choix qu'entre les cabinets privés pour eux inabordables, les hôpitaux complètement débordés, et les consultations organisées sur les trottoirs en actes de résistance par ces praticiens récemment devenus SCF (sans cabinet fixe). La "médecine du coeur"comme les restaus du même nom. Compter bien sûr une dizaine d'heures pour simplement vous "faire voir" par un professionnel dans ces salles de soin improvisées...

               La crise est en effet telle que le gouvernement grec a licencié 5500 médecins qui travaillaient dans les centres de la sécurité sociale. Le but étant de colmater à la hussarde les voies d'eau de secteurs déficitaires, austérité maximale pour continuer d'espérer des prêts bancaires…. Car évidemment plus vous êtes pauvres, plus vous avez besoin qu'on vous prête, et moins les banques sont disposées à prêter, dura lex en économie libérale.

             Ceci montre une fois de plus s'il en était besoin que le domaine de la santé n'est en aucune manière protégé des défaillances les plus graves et que les décisions politiques se font selon des impératifs politiciens et comptables qui se fichent comme d'une guigne des besoins des peuples gouvernés.

             Si Galien, qui disait "le meilleur médecin est aussi philosophe", trouverait peut être dans la philosophie quelques biais pour atténuer sa peine, Hippocrate est en train de se retourner dans sa tombe, j'en fais le serment...

Médecin grec nourri du précepte de Galien

lundi 24 septembre 2012

Parcours de santé




                        Avec ce mois de Septembre se termine mon parcours professionnel… J'ai mal dormi durant tout ce mois… Trop d'images  se bousculent… Je me sens comme un voyageur qui descend d'un train  au retour d'un long périple, le corps courbaturé, la tête encore pleine de scènes confuses qui occupaient sa somnolence… 

                    Une aube pâle pointe derrière une brume d'automne, il vérifie son bagage, tout est en ordre, mais s'aperçoit qu'il est sur un quai inconnu, désert… Un instant désorienté, il se met en marche résolument en tirant sa valise à roulettes, il n'a pas d'obligation, il a du temps devant lui… On verra bien…Le quai est interminable, il cherche en vain l'indication du lieu où il se trouve, et ne trouve pas de pancarte… Il entend une voix de cheminot "Retraite, Retraite, cinq minutes d'arrêt"… Il rit un peu jaune, en regardant vaguement nostalgique le train déjà s'ébranler et continuer sa route… Puis lui reprend sa marche, le nez en l'air, amusé, plutôt curieux de cette aventure, mais pas inquiet…

dimanche 19 février 2012

Fais moi signe

Mais enfin, Anne, j'ai juste tapé "fièvre" dans l'outil google !…

            Après la télémédecine, où le médecin, encore présent mais à distance, se contentait de voir, entendre, parler, mais pas toucher, voici l'outil google, qui fait ses diagnostics tout seul… Enfin le fantasme est complété, faire de la médecine sans médecin…

              Le conseil de l'Ordre tique sur l'éthique, mais pas tellement comme on pourrait le croire au sujet de l'absence du médecin… non, son problème est l'utilisation-qui-sera-faite-des-données-médicales-collectées…C'est vrai que si google collecte 287489652 "mal à la tête" et 54865234 "fatigue le soir", comment vont-ils utiliser ces précieux éléments à leur profit sur un plan commercial ? intrigant, non ?…

               Personnellement, je verrais plutôt le problème ailleurs. Si mon souvenir est exact, la séméiologie, c'est à dire l'étude des signes cliniques, se fait en 3è année d'un cursus qui en comporte 8… C'est la première année où l'étudiant se sent enfin "étudiant en médecine", car pendant les 2 premières il faisait plutôt de la chimie, des maths, et de la biologie… Année passionnante où il découvre qu'une toux par exemple possède une garde robe fournie, qu'elle peut être permanente ou épisodique, diurne ou nocturne, sensible ou non aux positions, discrète, petite ou profonde, caverneuse, émétisante, quinteuse, sèche ou grasse, et si grasse avec expectoration (crachats) claire, purulente ou sanglante, etc… C'est l'année où notre étudiant qui tousse depuis 10 jours après son rhume ne se sent pas si tranquille en relisant dans son cours qu'une toux persistante ne doit pas faire ignorer la tuberculose et aussi… le cancer… Et s'il tousse encore 3 jours plus tard, timide et mort de trouille il va obtenir pendant son stage en pneumo une radio qu'on lui offrira discrètement "entre deux patients"…




                      Donc, et vous n'êtes pas étudiant de 3è année, seulement internaute curieux, vous vous dites chouette, plutôt que d'aller faire la queue dans une salle d'attente avec ma douleur au ventre à droite, un clic sur google et je vois: appendicite, kyste ovarien, hernie, calcul rénal, colon irritable… Houla, et maintenant je fais quoi ? J'aurais de la chance cette fois d'être un homme, je pourrais éliminer l'ovaire, maintenant faut-il aller chez le chirurgien (appendicite, hernie), l'urologue (calcul), le gastroentérologue (colon), le gynécologue (ovaire) ? Bah, après tout, je vais quand même aller chez mon généraliste finalement, mais je l'ai à l'oeil, on verra bien s'il est meilleur que google…

               Eh bien vous savez quoi ? Je suis perplexe, le toubib a dit qu'à force de tousser (c'est vrai que j'ai toussé pendant 15 jours sans arrêt depuis ma grippe, c'est vrai aussi que je fume, même que taper dans google m'a fait tellement peur que… je n'avais pas consulté) qu'à force de tousser donc, j'avais dû me faire une mini lésion musculaire responsable maintenant de cette douleur… J'ai bien évoqué l'appendicite, mais il a eu un drôle de sourire, alors je n'ai pas insisté…

            Oui, l'étude des symptômes, la séméiologie, en 3è année, c'est passionnant, et souvent nécessaire pour faire un diagnostic, hélas, c'est bien loin d'être suffisant, vous pourriez peut être taper dans google pour savoir pourquoi il faut encore 5 années supplémentaires pour prétendre être médecin…


Quand je me sens malade, je tape mes symptômes dans google, et découvre habituellement que j'ai le cancer…

samedi 11 février 2012

Souris !


               Une seconde annonce d'envergure quinze jours après la première (cf ce blog) concernant la maladie d'Alzheimer, qui n'atteint pas que les humains, mais aussi les souris…

Souris à la peine dans un atelier mémoire


                En seulement 3 jours d'administration d'une molécule jusque là utilisée pour certains cancers cutanés, on constaterait la restauration complète des facultés mentales des bestioles traitées…

Ben speedy ça veut dire rapide, non ?



                 Il faut garder ces annonces… en mémoire, un peu d'espoir ne fait pas de mal…



samedi 28 janvier 2012

Lueurs

Vous allez mourir quand même, hein…





Deux annonces intéressantes dans le domaine médical cette semaine, concernant deux fléaux:


1 - L'alcoolisme:



                     Le baclofène, une molécule bien connue, utilisée avec des résultats variables depuis… 1974 (Lioresal ®)  pour lutter contre les spasticités (raideurs musculaires) d'origine neurologique serait selon le Dr Armeisen, cardiologue alcoolique se prétendant "sauvé" par ce médicament, et nombre d'utilisateurs "sauvages" soi disant miraculés, le remède absolu contre l'addiction à l'alcool... Mais  une étude sérieuse est nécessaire pour établir les doses efficaces, très controversées, les effets secondaires, etc…avant que l'indication soit admise… Or le produit est tombé dans le domaine public, et les labos rechignaient  à investir dans une telle démarche sans espoir de profit à la clé… La bonne nouvelle est qu'une étude en double aveugle devrait débuter en Mai… 


2 La maladie d'Alzheimer:




                    On sait déjà depuis un certain temps que cette maladie est dûe à l'accumulation anormale d'une protéine tau qui perturbe les cellules cérébrales. On a donc essayé, sans succès, de lutter contre cette protéine… Mais on vient de découvrir que les cerveaux de tous les malades étaient aussi anormalement pauvres en une autre  protéine, la FKBP52… Cet agent secret, euh, cette protéine, serait, banco, justement capable de réguler la protéine tau et donc de juguler ses effets néfastes…

               Il reste donc à en faire un médicament absorbable au niveau cérébral… Elle permettrait aussi qu'on la dose par ponction lombaire pour en faire un test prédictif du risque de développer une maladie d'Alzheimer, test qui n'aurait évidemment d'intérêt que si le remède existe...

mercredi 14 décembre 2011

Veto

Je m'en fiche, cette fois il vient pour la mamie



                                   Pallier le manque de médecins par des vétérinaires…
                                    Ou quand le farfelu le dispute à la provocation… 

                     Cette proposition clownesque a au moins le mérite de pointer , une fois de plus, les carences de nos décideurs politiques capables sur 30 ans de laisser se dégrader nos conditions de travail au point que 8% seulement des jeunes diplômés envisagent aujourd'hui de s'installer… Des pans entiers du territoire manquent ou vont manquer de médecins, et d'ailleurs la profession est en partie responsable en ayant farouchement toujours refusé la moindre cartographie des besoins de santé, vécue comme une entrave intolérable  à la liberté d'installation… Même dans une ville moyenne du Sud, agréable à vivre, un généraliste libéral n'est plus sûr du tout  de pouvoir trouver un successeur en partant à la retraite…

                      Donc élargir sa recherche aux vétérinaires pourrait être une opportunité… Leurs études sont plus difficiles que les notres, ils sont donc à priori d'un très bon niveau,  nombre d'entre eux sont d'ailleurs capables d'opérer…Le vieillissement accéléré de la population conduit à soigner de plus en plus en plus de malades incapables d'aider par la conscience et la parole le praticien à établir un diagnostic… Par expérience, nos amis vétérinaires pourraient avoir moins de scrupules que nous dans les débats sur l'acharnement thérapeutique et l'euthanasie... Leurs honoraires sont presque toujours bien acceptés, même s'ils sont conséquents… Ils ne sont pas remboursés par la sécurité sociale et ne creusent pas de déficit… Ils sont assez souvent pro-pharmaciens… Ils sont plus habitués que nous à maîtriser leurs patients en cas de trop forte agressivité…  Ils sont rarement victimes de procès quand ça tourne mal…

                     A bien y réfléchir, cette idée n'est finalement pas si farfelue… 

                    Un mot en annexe sur les arrêts de travail, la petite video ci-dessous qui sollicite le Dr Jean Paul Hamon tord en partie le cou aux fameux "arrêts de complaisance", pas si répandus, et de moins en moins répandus… "Bénéfice secondaire "de la crise économique, conséquence de l'énorme pression de résultats sur les gens qui travaillent, et doivent déjà s'estimer heureux d'en avoir un, de boulot… Je ressens pour ma part de la tristesse quand effectivement il m'arrive maintenant de proposer moi même un arrêt à des gens épuisés, laminés par leurs petits chefs ou leur charge de travail, qui pourtant veulent tenir à tout prix pour pouvoir joindre les deux bouts…

                   Médecine vétérinaire, arrêts de travail, restera à faire taire quelques trublions toujours à contre-courant du progrès, partisans d'une médecine à l'écoute, d'une médecine plus "humaine"… Ce qui ne devrait pas poser de problèmes, avec la crise la population aura d'autres… chats à fouetter.


mercredi 1 décembre 2010

Docteur n'abuse


         Une réflexion a lieu actuellement autour du prix de la consultation modulable en fonction de sa complexité… Nouvelle tentative pour sortir la médecine générale de l'ornière dans laquelle on la laisse s'enliser depuis des années ? Après nous avoir pompeusement nommés "piliers du système de soins", nous avoir épinglé le titre en chocolat de "médecin référent", avoir balisé un "parcours de soins" stupide, où le patient doit s'inscrire avec un médecin et non un cabinet médical, voici la consultation à géométrie variable… Qui sait, peut être la consultation mais pas la visite à domicile, puisqu'on a bien inventé l'augmentation de tarif pour certains actes, mais pas pour d'autres…
           C'est quoi la complexité d'une consultation ou d'une visite ? Personnellement, je n'en sais rien. Je parlerais de la pénibilité d'une consultation/visite. Et les raisons sont nombreuses pour qu'une consultation/visite soit "pénible" ! Difficultés à se faire comprendre, difficultés à se faire écouter, difficultés pour nous à comprendre, multiplicité sans cesse croissante des motifs de consultation, désinvolture et exigences des "patients", heures passées à tenter de joindre un correspondant ou un service hospitalier, paperasserie encore et encore à n'en plus finir…
          Certes un diagnostic pour une pathologie autre que banale, une conduite thérapeutique chez un patient qui cumule les ennuis de santé sont souvent complexes à mettre en oeuvre, surtout si une coordination est nécessaire avec des spécialistes ou l'hopital,  mais restent la moelle de notre métier, à qui se plaint de ces difficultés là on pourrait conseiller de changer d'activité. C'est avec plaisir qu'on passe du temps auprès d'un malade, le temps qu'il faut, pour détecter son mal ou affiner son traitement, et je ne pense pas que si seulement 8% des jeunes diplômés s'installent (et c'est bien pour cette raison que les politiques daignent se pencher sur notre cas…) ce soit par peur des maladies et des patients… Non, c'est bien plutôt par crainte de toutes ces pertes annexes de temps et d'énergie qu'impose la gestion d'un cabinet médical…
             Plus les téléphones pullulent, plus les correspondants sont injoignables et les boîtes vocales se multiplient, laissez un message, tapez 1 , tapez 2, tapez 3, vous souhaitez parler à Mr Dupont ? nous acheminons votre appel à Mr Darmon, quand ce n'est pas Mme Pontan… Docteur, il me faut un papier pour le kiné, l'ambulancier, l'arrêt de travail, la demande de cure, sur celui que vous avez fait manque une case à cocher on me l'a renvoyé… Docteur c'est la maison de retraite, la glycémie de MrX est de 2,5g vous changez la dose d'insuline ? alors il faudra passer, il nous faut une prescription écrite…Non, je ne sais pas quels médicaments je prends, des pilules sont rouges, d'autres bleues, mais on m'avait dit 10j de traitement, et le pharmacien n'a donné qu'une boîte, d'ailleurs c'est comme mon traitement de fond, j'ai pas les noms, mais certaines boîtes n'ont que 28 cachets, alors pour 1 mois je vais manquer des petits cachets ronds…  Docteur il me faut un certicat d'aptitude à la pétanque…Je pourrais multiplier les exemples à l'infini, comme déjà évoqué ICI…
             Alors, quelle sera la consultation mieux rémunérée ? Celle où je dépisterai , certes peut être avec peine, par un examen complet chez un malade fatigué et amaigri,  une lésion profonde dans l'abdomen, qui entrainera prise de sang, analyse d'urine, échographie, puis scanner éventuel, avant chemin de croix spécialisé, cheminement en fait bien plus compliqué pour le patient que pour moi ? Ou bien celle de la grand mère venue consulter pour une simple bronchite fébrile, parce que la voisine insiste, et dont je m'apercevrai qu'elle vit seule, n'a plus de couverture sociale, pas de véhicule pour se rendre à la radio (à cet âge, ça ressemble à une bronchite, hum, mais elle consulte tous les 5 ans…), et présente des troubles de mémoire évidents , le tout nécessitant appel à l'assistante sociale, la secu, le taxi VSL, des infirmières, etc… tapez 1, tapez 2, tapez 3 ?
            En vérité j'ai bien peur qu'il n'y ait maintenant que peu de "consultations non complexes". Nous rêvons tous de brillants diagnostics effectués tôt permettant de "sauver" nos malades (et pas, je le précise, on se sait jamais, de trouver des maladies graves à nos patients !), même s'il faut nous replonger dans les livres pour débrouiller les symptomes, et nous passons 1/2h à faire déshabiller ce vieillard puis lui expliquer l'ordonnance qu'il n'a aucune envie de suivre, ou à examiner cet enfant hurleur dont le nez coule, lequel, vous savez, docteur, me pique une crise en se roulant par terre quand je lui refuse un kinder mais comment faire …
            La vérité est que pour bien gagner sa vie dans notre métier de généraliste, il faudrait "faire de l'abattage", ce qui est l'exact contraire de ce que devrait être la médecine. Une "super consultation" annuelle a déjà été créée, que personnellement je n'utilise jamais, considérant, sans doute parfois à tort, qu'elle ne serait que redondance… Mais la "consultation complexe" ne serait elle pas simplement un nouveau moyen pour ne revaloriser qu'un morceau de notre travail ? J'arrête, je risque de devenir parano…

mardi 26 octobre 2010

Télémédecine



- Allo, docteur, j'ai très mal à la gorge et de la fièvre
- Oui, j'écoute, et  vous semblez bien peu en forme sur mon écran, c'est vrai, pouvez vous brancher la caméra et la diriger vers votre gorge en ouvrant grand la bouche ?
- ……
- Réglez la luminosité sur 4, voulez vous, et tirez bien la langue… voilà, je vois, c'est une belle angine blanche, pouvez vous vous palper le cou ici et ici (le médecin montre les endroits sur lui même) et aussi sous les bras à la recherche de boules, les sentez vous ? seulement une du côté droit sur le cou ? un peu douloureuse au toucher ? très bien, vous n'avez pas d'allergie connue ? pas de traitement en cours ? ok, j' envoye l'ordonnance par mail à votre pharmacien, vous aurez les médicaments d'ici 1 heure…







            La téléconsultation est autorisée en France. Le dialogue ci-dessus est caricatural. Il n'empêche. Je pense à mes professeurs pour lesquels une consultation médicale devait suivre un schéma immuable: interrogatoire puis examen clinique comprenant inspection, palpation, percussion, auscultation. Les oreilles pour entendre, les yeux pour voir, les mains pour toucher…

          Les examens complémentaires ne sont plus seulement comme le dit leur nom des "compléments", ils ont depuis des années maintenant tendance à se substituer aux oreilles, aux yeux et aux mains. Pourquoi passer dix minutes à différencier au stéthoscope des râles pulmonaires des râles bronchiques quand la radio donnera son verdict sans autre délai que celui du rendez-vous ? Pourquoi regarder avec attention une conjonctive oculaire quand une simple analyse de sang offrira bien plus de détails ? Pourquoi s'échiner à déceler un rein ou un foie à la palpation quand l'échographie ou le scanner sont à portée de téléphone ? Même les plus fins cliniciens ont tendance à se reposer sur l'imagerie, devenue tellement performante.… 


          Certes la télémédecine permettrait, si on souhaitait toutefois s'en servir  encore, les oreilles, les yeux, mais pas les mains… La statue dressée à la mémoire de la "clinique" par nos enseignants n'aura plus de bras…





         Ce qui n'empêchera pas le médecin d'avoir toujours lui même les siens liés par sa responsabilité…

         Et c'est dans cette marche manquant à l'escalier de la consultation que je vois se glisser le risque croissant de procédures…

          Par ailleurs on  dit que la télémédecine servira  à la surveillance de pathologies et de malades connus bien plus qu'à l'établissement de diagnostics. Elle est censée permettre la surveillance des patients isolés, des patients âgés, et réduire significativement nombre de coûteuses hospitalisations. Mais  se connecter au centre de soins nécessitera de savoir manipuler un ordinateur et savoir gérer les connexions à distance, autant que l'"oeil" de la caméra numérique portable. Donc indépendamment de l'écheveau technique, présence nécessaire d'un tiers compétent auprès de la personne âgée et malade, conditions qui ne me semblent pouvoir être remplies que par un soignant sur place, non béotien en informatique et techniques nouvelles, apte à entrer en communication avec l'"expert" à distance.

          Ne soyons pas passéistes, attendons de voir… La médecine générale s'oriente de plus en plus vers une médecine "de tri", et les compétences du généraliste servent de plus en plus à orienter les gens vers telle ou telle spécialité, que ce soit pour avis ou prise en charge ultérieure… Dans certains cas, je serais ravi effectivement d'avoir le "téléavis" du spécialiste, même en lui prêtant mes propres "mains" pour palper ou manipuler à sa place, sans négocier difficilement une consultation pour mon patient ou un bilan hospitalier…En passant de la consultation téléphonique donnée au conseil télévisuel reçu, peut-être pourrons nous même qui sait revendiquer un droit à rémunération pour cette tâche déjà depuis longtemps quotidienne et gratuite, où seule l'oreille est (mais tellement souvent) sollicitée…

jeudi 16 septembre 2010

Pour 22€, le caddie est plein…

Cette " Chronique d'une consultation ordinaire" (je n'en connais pas l'auteur) est parue dans le journal "Le généraliste". Certes un peu caricaturale (mais vraiment à peine…), elle offre hélas un miroir assez net de notre exercice médical dans le contexte actuel … Je ne résiste pas au plaisir de vous la proposer…

mardi 1 juin 2010

Surmenage

        C'est la première explication mise en avant pour ce drame. Bien évidemment insuffisante. De la même manière qu'un chagrin d'amour ne tue pas à lui seul, je veux dire sans une structure psychologique particulière qui conduit la personne à en finir à cause de cet élément catalyseur, comment faire du surmenage autre chose qu'une simple marche dans l'escalade vers un tel sommet de violences ?
        Mon propos n'est pas bien sûr de mettre mon grain de sel dans cette affaire horrible, mais de discuter un peu du surmenage des médecins… 

vendredi 30 avril 2010

J'ai oublié de vous dire…

           Euh! Le vrai titre est J'ai oublié de te dire , un film de Laurent Vinas-Raymond sur la maladie d'Alzheimer…
          On y voit nombre de lieux dans les PO, Collioure, Céret, Taillet, etc… et même le lac de Pradeilles en photo sur ce blog. Hélas la lumière que sont venus chercher dans notre région tant de peintres (Jaume Valdes personnage principal (Omar Sharif) est lui même un vieil artiste peintre) se trouve à mon avis fort maltraitée dans de nombreux plans, et la beauté naturelle des sites m'a semblé bien mal exploitée…  
          L'histoire reste touchante, pour qui comme moi d'une part doit soigner quotidiennement des naufragés de la mémoire, et d'autre part a cotoyé et cotoye dans sa famille proche des victimes de cette effrayante maladie… Le début des troubles est en particulier bien rendu, quand la personne sent confusément s'installer son handicap, joue le jeu de l'espoir, et reste persuadée qu'elle aura conscience du point de non retour, se promettant de savoir ce jour là avec dignité mettre un terme à la déchéance, ce qui pourtant n'arrive  jamais… Le monde médical n'est pas montré à son avantage, sans qu'on puisse reprocher ce fait à l'auteur du film, quand on sait combien il est difficile de se résigner à voir une personne aimée irrémédiablement s'enliser quels que soient l'empathie dont on fait preuve et les traitements qu'on s'acharne à tenter.
          Les acteurs principaux sont crédibles, le scenario correct, la "catalanité" parfois forcée, quelques personnages secondaires n'apportent pas grand chose, et la lumière, donc, est souvent très approximative (équipe lumière ? assistant cameraman ? étalonneur au labo ? je n'ai pas la compétence pour juger) pour un film sensible bien qu'un peu maladroit.