Lac de Pradeilles (Pyrénées Orientales)

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Ce blog comme une promenade entre amis… On pourra donc lire ou écrire, admirer la nature, ramasser des cèpes ou des morilles , pêcher à la mouche, jouer au poker, parler médecine, littérature, actualité,ou même de tout et de rien comme le font des amis en fin d'une belle journée de randonnée...
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dimanche 10 septembre 2017

Visa 2017




          Cette année encore et pour  la 29e fois, Visa nous force à ouvrir les yeux sur un monde de fureurs et de misères. De moins en moins nombreux sont ceux qui critiquent ou détournent pudiquement leur regard de réalités qui semblent insupportables à vivre. Tous les reportages sont toujours de grande qualité, et si j’en relève quelques uns ce n’est pas pour les hiérarchiser mais pour souligner ce qu’ils apportent de plus que les « informations » accessibles pourtant quotidiennement.

        Ainsi le reportage de Laurent Van der Stockt sur la bataille de Mossoul  fait bien ressentir à quel point la guerre avec Daesh ne respecte plus aucun code et ligote les malheureux civils à l’exacte intersection des combats, là où se croisent les bombes, les tirs de snipers, les voitures suicides (700 comptabilisées !) et les exécutions arbitraires. Jamais la notion de « guerre totale » ne m’était apparue plus clairement. Dans la même veine, ce reportage impressionnant peut être complété par celui de Lorenzo Meloni sur la chute du califat  , et celui d’Alvaro Canovas sur la reconquête de Mossoul 

      Si (comme Trump ?) vous avez du mal à vous représenter le changement climatique et les menaces de la montée des eaux, Vlad Sokhin dans Warm waters  vous place le nez à quelques mètres d’un rivage que vous croyiez immobile de toute éternité mais maintenant menace l’étage de votre maison. Vous n’avez pas d’étage et vous n’avez qu’une cabane, n’avez pas d’autre endroit pour vivre ? heureusement vous allez construire une digue avec des matériaux de récupération…

      Je suis médecin, certes à distance de ma vie professionnelle, mais je lis encore des articles médicaux. Alors pourquoi ai-je dû attendre ce festival pour découvrir le CKDu, affection sans doute multifactorielle d’origine encore imprécise entrainant une gravissime insuffisance rénale, qui tue au Nicaragua, au Salvador, au Sri Lanka, en Inde, dans les 2 premiers pays  plus que le SIDA, le diabète et le cancer réunis, et bien sûr des populations pauvres, surtout des ouvriers agricoles. Ed kashi explique très bien cette nouvelle "épidémie"

     Pour souffler un peu, même si vous n’échapperez pas au spectacle de conditions de vie tout de même proches de la misère, atténuées un peu par une certaine liberté, allez voir le magnifique reportage de Ferhat Bouda sur les Berbères au Maroc.


     Comme je vous l’ai dit, il y a d’autres pépites dont je ne vais pas faire le catalogue, vous pouvez vous rendre sur le site du festival pour le feuilleter, et il vous reste une semaine pour venir voir ce remarquable cru de Visa.

    En "bonus" à ce billet, je vous joins un article qui traite de l'énorme impact parfois d'une simple photo, et raconte une troublante histoire, une photo dont je pense que vous vous souvenez comme moi, et pourtant date de 1968 (l'exécution d'un membre du vietcong en pleine rue) On notera que ce type de scène atroce doit être courante en Irak ou en Syrie actuellement, mais l'éthique des journalistes actuels a sans doute pitié de nous.

samedi 10 septembre 2016

Visa de courte durée



        Cette année j’ai « obtenu mon Visa » de justesse, puisque ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai vu pour la première fois quelques expos. La chaleur écrasante m’avait tenu à l’écart du Couvent des Minimes et des autres lieux d’exposition, transformés en saunas par la foule et les 35°. La chaleur et aussi les séquelles mentales des tueries qu’a connues cette année notre pays. 

         Pas la peur que l’évènement soit la scène d’un nouveau carnage, les précautions étaient nombreuses et bien organisées, non, simplement la difficulté plus grande à voir encore et encore la souffrance des humains partout dans le monde. L’avantage dans ces conditions caniculaires serait à la rigueur de pouvoir déguiser les larmes en gouttes de sueur, larmes d’empathie ou d’impuissance ou de honte devant tant de malheurs.

        Les images de Marie Dorigny  ou de Yannis Behrakis  ou de Aris Messinis  sur les migrants sont tellement poignantes, celles de Valerio Dispuri sur le paco, la nouvelle drogue qui ravage les bidons villes l’Amérique du Sud expriment tant de désespoir et de misère…

      Comme d’habitude dans Visa, quelques reportages permettent un peu de reprendre souffle. J’ai aimé pour ne citer qu’eux celui de Claire Allard sur les techniciens du spectacle, celui de Catalina Martin-Chico sur les nomades d’Iran

      L’ensemble est comme d’habitude de grande qualité. La semaine prochaine est réservée aux scolaires, j’aimerais être mouche pour voir les expos qu’on va leur proposer, et surtout les réactions des enfants.

samedi 5 septembre 2015

Visa pour ?





           Après cet été étouffant, ne comptez pas respirer un bol d'air frais en vous rendant au festival annuel du photojournalisme,  d'année en année plus reconnu dans le monde, toujours aussi exigeant en qualité par les yeux de l'équipe de Jean François Leroy et les mains des techniciens chargés des somptueux tirages papier qui habillent les murs de nos bâtiments historiques.

            Si les thèmes ne changent guère (conflits, exodes, épidémies, catastrophes naturelles, misère) un accent particulier est mis sur la détresse des migrants, la grande question toujours sans réponses satisfaisantes qui secoue actuellement l'Europe. Ces gens qui par milliers ne savent où se rendre, se "contentant" de fuir terrorisés leurs pays mis à feu et à sang par la sauvagerie et la cruauté sadique de crimes inimaginables souvent commis au nom d'un Dieu prétexte.

           Si une photo devait illustrer pour moi cette session 2015, mis à part bien sûr ce cliché terrible du petit syrien mort sur la plage, que l'actualité a glissé au moment de Visa comme un colis piégé, ce serait cette photo de Bülent Kiliç  où se lit toute la détresse du monde présent et à venir.

                         


         Tous les reportages ont comme d'habitude une valeur informative précieuse. M'ont marqué tout particulièrement:

- celui de Daniel Berehulak  sur l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'ouest, comme un retour vers les grandes pandémies de peste du Moyen Age

- celui de Pascal Maitre  sur le fleuve Congo, monstre nourricier et Minotaure de l'Afrique

- celui d'Alfred Yaghobzadeh  sur ces femmes yézidies devenues combattantes pour tenter d'échapper au martyre que leur font vivre les brutes sanguinaires de Daech.

          Amusant et triste aussi ce petit trajet à l'intérieur d'Hara Kiri, l'ancêtre de Charlie Hebdo décimé par les sauvages, qui éclairait de son  humour ravageur nos années d'étudiants (Arnaud Baumann et Xavier Lambours), émouvants les clichés de Nancy Borowicz qui rend hommage à ses parents soignés ensemble pour un cancer et décédés à un an d'intervalle.

         Pour respirer un peu, vous pouvez voir le superbe voyage que propose Juan Manuel Castro Prieto à travers le Pérou, et le surprenant reportage de Stephanie Sinclair sur les Kumaris, poupées sacrées et choyées passant hélas leur enfance dans une bonbonnière saturée de protocoles rigides, petites déesses vivantes du Nepal… 



vendredi 14 septembre 2012

Visa 2012




                         Le festival Visa rencontre un succès croissant et a certainement de beaux jours devant lui: le monde n'est pas prêt d'en finir avec les guerres ni de cesser d'inventer de nouvelles formes de barbarie…
                Cette année comme chaque fois certaines expositions  remarquables vous soutireront plutôt des larmes que des sourires… J'ai été partculièrement touché par :

• Au couvent des Minimes:

- le reportage sur les mariages d'enfants ( Stéphanie Sinclair), trocs sordides allant jusqu'à la pedophilie institutionnalisée…

40 ans et 11 ans



- celui sur les hommes des marais (Nik Wheeler) que saddam Hussein a voulu éliminer en asséchant leur territoire… 

Sol en roseaux, comme sur le lac Titicaca au Pérou


- les photos du World press sur les rhinoceros amputés de leur corne dans l'espoir de leur sauver la vie puisque cet appendice en fait la cible des trafiquants… 

• A la chapelle du Tiers-Ordre:

- Le ghetto organisé dans une chocolaterie désaffectée au Brésil, par Sebastien Liste 

• Au couvent Sainte Claire :

                Dans mes favoris également, pour souffler un peu, le reportage sur les Saami éleveurs de rennes dans les régions arctiques (Erika Larsen)

               Beaucoup d'autres séries sont de qualité, et il est réconfortant d'entendre moins de critiques et de voir toujours plus de gens ouvrir leurs yeux sur le monde à travers l'objectif d'éclaireurs téméraires et talentueux…

lundi 5 septembre 2011

De V(ictime) à V(edette)


              Pas de quoi en faire un fromage, mais j'ai été surpris de voir à ce point transformée en vedette une malheureuse victime de catastrophe naturelle... Cette jeune femme (Yuko Sugimoto), dont la photo a fait la une de 54 publications internationales, est devenue l'icône vivante du Tsunami japonais. Son fin minois est invité un peu partout, mitraillé pendant ses moindres déplacements par une armée de photographes amateurs comme professionnels… Elle se prête de bonne grâce à ces manifestations d'intérêt, sourit et prend la pose, accompagnée de son fils…



                  Je veux bien croire que par sa présence une solidarité plus active se manifestera envers le peuple japonais… Bien que les questions posées comme les réponses pendant la réunion organisée par Visa ne m'ont pourtant pas convaincu que le bénéfice en serait évident… Elle pourra après tout en retirer pour elle même et son petit garçon (présent) quelques pépites… Par exemple une proposition pour tourner un film ou participer à un défilé de mode… Tant mieux pour elle …

                Après tout, moi non plus je n'ai pas résisté, j'ai fait ma photo…



                 Ai-je cru un bref instant emporter avec moi un fragment d'une catastrophe planétaire, comme on rapporte un caillou d'un endroit mythique  ?  Je ne sais pas, pourtant je sens confusément que ce pourrait être plus simplement de l'ordre de la bêtise…




vendredi 2 septembre 2011

VISA… Ben, vas-y !



           J'entends d'ici la rengaine : "oh! moi, je suis lassé(e) de voir toutes ces horreurs, guerres, catastrophes, violences, crimes, si encore on y pouvait quelquechose…"
           Bien sûr c'est un festival de photojournalisme, pas de photos d'art, j'ai déjà donné mon opinion à ce sujet dans ce billet à l'occasion de Visa 2010… C'est vrai que ces sujets sont largement dominants, soulèvements populaires dans les pays Arabes, guerres ± permanentes, ± larvées, en Afrique ou en Amérique du Sud, Haïti ou le Japon anéantis par des catastrophes monstrueuses de Charybde en Scylla, la drogue, les gangs et la misère…C'est vrai que les photos du "printemps arabe"ne sont pas à mon avis très informatives quant aux profondes différences de nature des révolutions dans ces divers pays, que je n'en sais pas plus sur la manière dont "les rebelles" lybiens se sont armés suffisamment pour tenir en échec l'armée de Khadafi, même avec l'aide de l'OTAN… Photos de guerre et de révoltes, comme vues cent fois, sans élément supplémentaire éclairant, c'est un regret…
           Mais grâce à ces journalistes, qui mettent l'oeil où on ne mettra jamais les pieds, nous ne pouvons pas dire "je ne savais pas", "je ne suis pas au courant", et non contents d'être mis au coeur des situations (visite des hopitaux psychiatriques chinois des années 90 au Couvent des Minimes, ou séance de musculation au Guatemala quand le gardien de la salle de sport git dans le sang à 3 mètres de vous/ salle des archives-…) nous nous glissons parfois intimement dans la détresse d'une personne, comme dans l'histoire du sans-papiers Guilherme (Bertrand Gaudillère, Couvent des Minimes), ou plus encore dans celle de Filda Adoch (Martina Bacigalupo, Couvent des Minimes). Ce dernier reportage, dont vous voyez une photo en tête de ce billet, est un modèle de pudeur respectueuse, commenté avec une justesse et une simplicité confondantes par une femme ougandaise lynchée par la vie et tellement forte et digne…
          Et puis si vous peinez un peu à respirer dans ce monde étouffant qui est le nôtre, prenez une bouffée d'air frais avec le remarquable humour anglais de… l'anglais Peter Dench (Couvent des Minimes) ou avec les somptueuses photos marines de Brian Skerry (Couvent des Minimes)


mercredi 8 septembre 2010

VISA



Lien Visa 2010

        Le Festival international de photojournalisme qui prétend observer le monde, et…fait connaitre notre ville un peu partout dans ce monde depuis 1989 est souvent controversé, pour des raisons pas toujours très claires.
        Parfois nommé "galerie des horreurs" par ses opposants, on lui reproche alors son côté voyeur comme la subjectivité du choix des sujets. Il est vrai que le sang, la guerre, les larmes et la misère couvrent plus que d'autres sujets durant 2 semaines les murs  des honorables bâtiments déjà chargés d'histoire choisis pour les expositions… Il ne s'agit pas de clichés artistiques, bien que certains en aient les qualités, mais de photos-reportages, parfois prises en urgence, souvent dans des conditions dangereuses, ou au prix de difficultés logistiques considérables. Nombreux sont les reporters qui ont payé très cher leur investissement dans ce métier, et qu'à l'inverse certains soient maintenant reconnus et/ou bien rémunérés pour leur courage et leur talent n'est pas choquant.
        Si je me pose des questions, c'est sur l'impact de ce spectacle sur la foule des visiteurs… En même temps je sens confusément que ces questions pourraient être vides de sens… Le festival EST, voilà tout, on peut s'y rendre ou l'ignorer, de plus, il est gratuit, que demander par dessus le marché ?
         D'ailleurs,  ce n'est pas nouveau, la télévision, depuis longtemps entrée en force dans les foyers, propose déjà l'information par les images à des millions de gens qui n'ont pas, contrairement à ce festival, CHOISI de lui rendre visite… Elle met en lumière certains sujets, et en ignore ostensiblement d'autres, que parfois justement un festival comme VISA prétend extraire de l'ombre… Alors, où est le problème ?
           Problème n'est pas le mot qui convient, encore une fois je ne critique pas, je m'interroge et je n'ai pas d'ailleurs de réponse: à quoi sert d'informer les gens, quelles conséquences pratiques ? Je vous vois d'ici bondir… Comme si je ne savais pas que la première action de tout régime totalitaire est de fermer son pays aux journalistes, que le secret est le terreau de toutes les maltraitances… Comme si j'oubliais que l'ignorance, l'inculture, l'égoïsme sont les piliers de toute dictature… Il n'empêche, voir des images de la guerre d'Ossétie du Sud ne semble pas nous rendre ce conflit plus proche ou plus compréhensible, voir la récupération et la revente de métaux radioactifs de Tchernobyl par des miséreux russes ne nous donne aucun moyen de changer les choses, voir des hommes ou des femmes à demi enterrés et caillassés à mort nous donne envie de vomir et puis quoi ?… Nous en souviendrons nous au moment de régler des différents frontaliers, de construire une nouvelle centrale nucléaire, de tolérer des idéologies potentiellement barbares ? Se pourrait-il qu'à la sortie du festival chaque visiteur s'engage, devienne un militant, et, plus important sans doute, que tous ces nouveaux militants défendent la même cause ?
           Je crains un peu hélas que d'une part seuls viennent s'informer davantage ceux qui sont curieux et donc déjà très informés, que d'autre part après avoir découvert en gros plan le visage d'un enfant mort sous l'effondrement d'un immeuble nous ayons la gorge sèche au point… d'aller boire un soda sur la terrasse ombragée du Couvent des Minimes… Je m'effraye parfois en constatant le petit nombre de souvenirs que je garde des expositions précédentes, les images savent être aussi fortes qu'éphémères,  en apparence… Les horreurs commises à travers le monde sont telles qu'un individu lambda ne peut que baisser la tête, honteux, découragé, impuissant, ou pire encore, être par le flot d'images blindé contre l'empathie, mithridatisé… Nous reste à penser très fort qu'Edouard Herriot affirmait "La culture, c'est ce qui reste quand on a tout oublié", et que Milan Kundera prétendait que "la mémoire ne filme pas, mais photographie" .
           Après tout, la culture se nourrit bien quand même de l'information, laquelle, comme les vaccins, génère à petites doses des anticorps contre la cruauté, la bêtise et les préjugés, on peut toujours espérer qu'à force, nos enfants développeront enfin un peu plus d'anticorps.…