Lac de Pradeilles (Pyrénées Orientales)

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Ce blog comme une promenade entre amis… On pourra donc lire ou écrire, admirer la nature, ramasser des cèpes ou des morilles , pêcher à la mouche, jouer au poker, parler médecine, littérature, actualité,ou même de tout et de rien comme le font des amis en fin d'une belle journée de randonnée...
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samedi 20 janvier 2018

Lectures d'hiver


    Quelques mots aujourd'hui sur trois livres que j'ai particulièrement aimés, qui se détachent du lot de mes lectures cet hiver:


• Vous connaissez peut être ? de Joann SFAR




         C’est l’histoire présentée comme vraie d’une manipulation dont a été victime l’auteur (surtout célèbre pour ses BD en particulier  Le chat du rabbin, aussi pour son film sur Gainsbourg) du fait de Lili, belle femme « rencontrée » sur facebook et qui va rester virtuelle presque jusqu’à la fin et montrer toute la force délirante que peut prendre l’imaginaire chez un solitaire fragilisé par des déceptions sentimentales récentes. Il a beau flairer une histoire à dormir debout au gré des identités intrigantes affichées par Lili, il se laisse emporter par les sautes d’ humeur et l’hystérie « amoureuse » de sa correspondante. Cette aventure virtuelle tumultueuse  dont il est le jouet mais qu’il alimente lui même avec complaisance lui permet étonnament nombre de réflexions non dénuées d’originalité sur… les juifs et les palestiniens. 

        En contrepoint (un peu comme la coccinelle des planches de Gotlib) les tribulations du même avec son seul compagnon réel du moment, son chien Marvin obsédé par un objectif unique: tuer des chats…

        Une écriture alerte à l’humour pimenté d’autodérision, un livre de touche-à-tout surdoué.


• Courir au clair de lune avec un chien volé  Nouvelles de Callan WINK




      Si le titre de la première nouvelle, repris pour le recueil, n’avait pas suffi à piquer ma curiosité, les louanges distribuées par Jim Harrison et Thomas McGuane m’obligeaient à ne pas le rater. Cerise sur le gâteau, Callan Wink est aussi guide de pêche…

      Et effectivement les textes sont très prenants, avec une écriture simple, vectrice fluide d’émotions vraies comme j’ai toujours aimé chez mes auteurs américains favoris (les critiques cités ci-dessus mais aussi des maitres comme Carver, McCarthy, Fante ou même Bukowski)

     On y retrouve la nature, les grands espaces chers à J H, dans lesquels errent des personnages « du peuple », souvent perdus, comme désorientés, aux aspirations simples qui se heurtent pourtant aux rudes obstacles de contraignantes réalités. 

• Le poids des secrets de Aki SHIMAZAKI




       Cette auteure canadienne d’origine japonaise raconte la même histoire dans 5 petits romans d’environ 130 pages, ou plutôt les vécus différents des éléments d’une même famille qui dans son histoire a connu les bombes atomiques, le grand séisme de 1923, les conflits avec la Chine et la Corée.


     C’est une merveille de délicatesse, de douceur, de poésie, de simplicité de style, tout en allant très loin dans l’expression des sentiments, des motivations, des conflits intérieurs de personnages. 

     C’est aussi  un aperçu assez net de la société japonaise et de ce mélange de contraintes traditionnelles, de respect, de politesse, de douceur, mais aussi de duplicité, et de crimes, qui surprend parfois les occidentaux sous un masque feutré. On apprend sur l’histoire du Japon, sur le poids de la famille, qui comme partout ailleurs cachent certains cadavres dans le placard, même quand celui-ci est parfumé par les camélias (Tsubaki) ou les myosotis (Wasurenagusa). 

jeudi 27 avril 2017

Docteur lambda



            Ce n’est pas vraiment le surnom qui conviendrait pour Jean Christophe Rufin, qui raconte à peu près son parcours dans « Un leopard sur le garrot », que j’ai lu avec gourmandise. Cet homme brillant et simple, semblant à l’aise dans tous les milieux a été tour à tour un médecin neurologue assidu, un médecin humanitaire de MSF et de AICF au regard attentif à l’évolution du monde, un ambassadeur du gouvernement français en Afrique, et un écrivain maintenant très reconnu, académicien s’il vous plait, dont l’écriture fluide va sans doute m’entrainer à lire tous ses livres, moi qui n’avait lu jusqu’alors, déjà avec plaisir, que Katiba et Compostelle malgré moi.

           En dehors de cette aisance de rédaction, ce sont bien sûr ses remarques sur la médecine, sur l’humanitaire et sur son travail d’écrivain qui m’ont touché, en écho scintillant à mes propres vélléités restées dans l’ombre dans ces trois domaines. En cherchant bien, j’aurais 3 choses à reprocher à Rufin: son prénom un peu bouffon, le prénom de son premier fils, Maurice, plutôt ringard aussi, et le fait qu’il soit neurologue… Oui, je plaisante, ces reproches sont bien sûrs aussi mesquins que peut paraitre en regard mon parcours de médecin lambda. Mais c’est pour dire que pour le reste, comme disent volontiers les jeunes, respect…

        Car Docteur lambda c’est moi, resté 30 ans collé au rocher d’un cabinet généraliste de ville moyenne, après avoir pourtant rêvé pendant mes 2 dernières années d’études de partir en mission avec  MSF encore balbutiant, rêvé les premières années de modifier en profondeur la relation médecin-malade, et rêvé d’autres années d’écrire un livre qui recueille maintenant la poussière de mes tiroirs, jugé  par moi-même insuffisant pour tenter l’édition. 

      JC Rufin explique que la médecine était pour lui une évidence dans son enfance immobile à Bourges, pas très loin de l’Allier où la mienne était tout autant engluée. Il n’avait pas de père après le rapide divorce de sa mère, ce qu’il considère à postériori comme une chance, mais une statue du commandeur était toutefois chez lui, en la personne de son grand père, médecin qu’il plaçait sur un piedestal sans pour autant d’après lui s’en faire aimer. En tout cas la médecine était pour lui une voie naturelle, rien à voir avec moi. Mon propre père lui était présent,  et, comptable à la Banque de France, il exigeait que les colonnes de chiffres ne rognent pas sur les marges, mais… pas seulement les colonnes  de chiffres. Et en ce sens l’absence de père n’est pas forcément un handicap lorsqu’au lieu de guider, ce père ne sait qu’enfermer dans des interdits. Mais j’ai passé l’âge de mettre sur le dos de facteurs extérieurs la réponse  aux « pourquoi n’avoir pas »… 

       Rufin exprime combien la médecine l’a accaparé jusqu’à l’enfermer dans la routine des tâches hospitalières quotidiennes intangibles. Il a courbé l’échine en soulignant le travail épuisant mais borné de bovin obligé d’engloutir une énorme dose de nourriture calibrée pour réussir l’internat, puis la ronde répétitive des visites et contre-visites immuables. Concours de l’internat des hôpitaux, une tâche qui m’avait semblé au dessus de mes forces quand était venue l’heure des « conférences d’internat » censées former notre élite médicale, parce que j’avais déjà erré dans les usines à bachottage des classes prépas HEC et Sup de co où j’avais été brillant comme un ex-prix d’excellence de lycée, mais tellement inadapté… Le seul parmi les 3 reproches gags que je lui ai faits qui ait quelque raison d’être est ce choix de la neurologie, domaine où l’analyse des symptômes permettait des finesses de limier, des exercices diagnostiques  de haute volée, mais en revanche ne débouchaient jamais à l’époque sur des thérapeutiques performantes et des résultats gratifiants pour les malades. Sans doute l’oeil acéré du neurologue formait-il déjà celui tout aussi pointu de l’écrivain… Ceci étant, qu’un neurologue évolue vers l’humanitaire reste assez étonnant.

        Pour Rufin, la sensation d’étouffer dans la médecine a été un moteur du changement, associé à une grande part de hasard, pour avoir été invité par un ami à de toutes premières réunions embryonnaires de MSF. Ayant rejoint sa mère à Paris quand elle avait pû enfin subvenir à leurs besoins, il y avait fait ses études et dans les conversations étudiantes la curiosité naissante pour l’humanitaire  pouvait s’y enrichir bien plus facilement qu’en province.

        Les études médicales ont au contraire pour moi été d’abord une libération, abandonner Sup de co après 1 année sans réussir à m’intéresser un iota au marketing ou la comptabilité, quelle bouffée d’air ! Et je sus gré pour cela à mes parents, tout en prenant soin de m’éloigner d’eux de 500 kms, d’accepter de me voir partir pour un cycle de 8 ans quand 2 ans de plus dans ma Sup de Co pouvaient m’offrir un métier. Mais depuis je n’ai guère fait que 140 kms de plus avant de me fixer en plein vent comme une arapède sur un caillou de bord de mer… Les 2 premières années furent certes un pensum qui, comme le souligne Rufin, ne sert qu’à éloigner les littéraires des études médicales, au bénéfice des formations scientifiques, mais ensuite la séméiologie (étude des symptômes) et les grands chapitres de pathologie m’ont plutôt passionné, tout comme les stages hospitaliers, même si comme il le dit les étudiants étaient à peine tolérés et souvent méprisés.

      Ce n’est que bien plus tard que je me suis aussi senti étouffé, dans mon exercice, par les contraintes administratives croissantes, et l’évolution de la médecine vers le morcellement, les parcours d’un spécialiste à l’autre, les spécialisations dans les spécialités, le poids toujours plus grand des examens complémentaires et des protocoles de soins, sans compter les déceptions de certaines relations avec les malades heureusement compensées par d’autres.

       Rufin a vite renoncé à chalouper au sein de l’hopital pour obtenir d’être adoubé par un mandarin pour compléter une carrière hospitalière. Il est un peu difficile de le croire dépourvu de duplicité diplomatique quand on sait qu’il a été ambassadeur, conseiller gouvernemental, dirigeant d’AICF (les pages sur les conflits internes des ONG ne sont pas les plus intéressantes du livre), lauréat de prix littéraires jalousés, et académicien. Mais on a envie de croire sa « bonne tête » dans l’émission Thé ou café de Catherine Ceylac 

        L’année entière où j’eus une fonction d’interne hospitalier fut pour moi un très bon souvenir, car j’avais un réel plaisir à travailler en équipe, solidairement et à égalité avec les infirmières, aides soignantes et filles de salle, tout comme avec les chefs de service. En ce qui  concerne ces derniers, l’absence de rapport de force provenait aussi sans doute du fait que je n’avais aucune chance de briguer un jour la place du khalife…

      Après avoir rencontré celle qui allait devenir ma femme, devenu père de famille et médecin « générique », je n’apercevais plus les loupiotes qui prétendaient m’attirer au loin vers l’humanitaire. Leur lumière s’est progressivement éteinte pendant que la structuration toujours plus complexe, la spécialisation , les orientations politiques, rendaient les ONG inaccessibles à des amateurs dans mon genre dans un monde toujours plus guerrier et dangereux.

       Si j’en ai quelques regrets, ils sont probablement assez égoïstes. Rufin dit que « l’action empêche d’écrire, mais nourrit l’écriture ». c’est sans doute pour cette raison, le manque de nourriture, que tant de textes, comme celui qui dort dans mon tiroir, clapent du bec comme des poissons en manque d’oxygène échoués sur le sable.





jeudi 23 mars 2017

Père et impair


   Pas vraiment passionné par les romans que j’ai lus depuis quelques mois, je me suis tourné cette fois vers une histoire vraie, celle que raconte Eric Fottorino avec beaucoup d’émotion et une grande justesse de ton dans « Questions à mon père », que je recommande chaudement.



         Fottorino, ancien directeur du journal Le Monde, retrouve tardivement son géniteur et finit par retisser des liens fil à fil avec celui dont il ne savait rien ni ne voulait rien savoir, persuadé depuis l’enfance avoir été, comme il est hélas courant et banal,  abandonné par celui-ci. Choyé par son beau-père qui l’avait reconnu et lui avait donné son nom, il n’avait d’ailleurs jamais ressenti le manque de son père biologique, et même lui porter un intérêt aurait été une sorte de trahison vis à vis de celui qui l’avait élevé avec amour.

        Quand cette « trahison » devint vide de sens à la  mort (tragique) du père en charge de sa jeunesse, des approches méfiantes, timides et espacées,  ont commencé. Et sans compter que l’« abandon » relevait d’une situation bien plus complexe que prévu, Eric découvrit chez son père des racines profondes dans un terreau juif dont il savait bien peu de choses. Sa curiosité grandit tandis que bourgeonnait progressivement l’affection pour un homme cultivé, d’une grande humanité, accoucheur brillant adoré de ses patientes mais souvent jalousé et/ou boycotté par ses pairs pour le fait d’être juif.

     Une excellente critique était proposée par Bernard Pivot au moment de la parution de cet ouvrage.

   
     Lorsqu’on prend de l’âge, que le père soit encore là ou non, son image surgit peut être plus souvent. Dans la jeunesse, le père est un référent positif ou négatif selon qu’on se construit en identification ou en opposition. On peut l’aimer, l’admirer, le détester ou l’ignorer. Plus tard, on n’a plus besoin de son image pour se construire, mais dans notre propre ouvrage on voit souvent à l’improviste des reflets qui parfois nous plaisent et d’autres fois nous rebutent, mais font écho au père. Tel goût, telle manie, telle attitude, tel comportement, indique avec plus ou moins de netteté la filiation. Et ce qui est vrai pour le  père l’est parfois pour les grand parents et au delà. 

     Pour avoir eu des rapports assez conflictuels avec le mien, dans mon enfance aimant mais peu ouvert et très sévère, inapte à guider et se contentant d’interdire, j’étais très inquiet quand l’amour de ma vie m’a dit très vite après notre rencontre être déjà  maman d’un petit garçon de 6 ans. Je me jetai à l’eau dans ce nouveau rôle de père, mais dans une situation toute autre que celle décrite par Eric Fottorino puisque Yan a toujours vu son père biologique, les week-ends et une partie des vacances, partage entre deux familles qu’il voulait aimer de la même façon, mais très déstabilisant pour lui à chaque changement de lieu, d’autant qu’à son grand dam, ses deux pères n’avaient guère d’atomes crochus. 

     Maurice Maman, le père d’Eric, explique à son fils dans le livre pour tenter d’extirper ses restes de culpabilité, qu’on peut bien aimer deux pères. C’est sans doute vrai, mais pas pour autant facile. J’avais souvent l’impression que notre garçon tanguait comme un ludion entre les deux images paternelles, choisissant l’une ou l’autre selon les moments… ou selon les impairs que nous commettions. Je me souviens encore d’une soirée d’été où un ami maladroit m’avait confié en riant désagréablement la réflexion de notre pré-ado que j’avais grondé pour je ne sais quoi « j’en ai rien à faire, c’est pas mon père… » J’avais mis des semaines à m’en remettre… Et j’avais aussi vu l’ombre de mon père à moi dans ma façon stupide de tancer un adolescent devant témoins.

     Oui, choisir un père, ne pas exclure, ne pas « trahir » l’autre, est une tâche difficile, et de plus en plus souvent proposée aux enfants en ces temps de familles recomposées. L’important reste tout de même qu’il existe ou qu’ils existent, pour ne pas avoir à constater comme dans cette nouvelle qu’il est « Trop tard ».


mardi 4 octobre 2016

BD

          
            Sous le libellé « littérature », oui m’sieurs dames, car celles dont je vais vous parler m’ont marqué plus que la plupart des bouquins lus cet été qui ne m’ont guère incité à écrire un billet sur eux.

       


          Une trilogie hilarante d’abord, Les vieux fourneaux , par Paul Cauuet (non il n'y a pas de faute) et Wilfrid Lupano, ou les aventures épicées de trois retraités amis d’enfance, ex-militants plutôt anarchistes dans leur jeunesse, et encore pétillants de malice et bourrés d’énergie. Fous rires assurés. Dessins très précis.




            J’ai découvert ensuite Guy Delisle qui conte avec une très grande simplicité des séjours effectués par lui même en Corée du Nord (Pyongyang) et en Birmanie (Chroniques birmanes). Il capte parfaitement et de façon tout à fait naturelle l’atmosphère sournoisement étouffante qui règne dans ces pays mal connus et fermés sur eux mêmes, avec un dessin économe étonnament efficace.





         Enfin je vous conseille les 4 tomes de Blast de Manu Larcenet : lui c’est tout un monde qu’il vous propose, entre cauchemar, hallucinations et discours très cohérent, à la fois effrayant, parfois glauque, avec des moments surprenants de poésie ou de tendresse comme des pépites dans les immondices, dans un scenario très construit et une conclusion qui réussit à surprendre le lecteur qui croyait son parcours parfaitement balisé. Une utilisation incroyable du noir et du sombre dans des dessins de toute beauté souvent très impressionnants.




lundi 12 septembre 2016

Sherpasig




         J’ai eu la chance de faire connaissance avec Henri Sigayret il y a une vingtaine d’années, grâce à mon ami et associé Jean Paul, qui était son voisin. Jean Paul était et reste passionné par la randonnée en montagne, et avait tout de suite accroché avec Henri, au long passé d’alpiniste. J’ai fait de même, quand  pour moi les efforts en montagne permettent  seulement de pêcher une truite en lac d’altitude ou de cueillir quelques beaux cèpes.

         Henri n’est certes pas un alpiniste (et un himalayiste) comme les autres. Quand je l’ai connu, il  était rentré en France avec sa femme sherpa Danzi et leur fils Sonam après un accident cardiaque à haute altitude. Sherpa est le nom d’une ethnie nepalaise et non pas comme on le croit souvent celui d’un métier (porteur) même si bcp de sherpas vivent en l’exerçant. 
        Danzi, petite femme musclée très souriante, était émerveillée par notre monde, depuis l’eau courante jusqu’à l’ovni qu’était pour elle un four à micro-ondes. Née dans un village très pauvre de l’Himalaya (Pangboche), elle a peiné à s’adapter, et Henri a décidé de retourner au Nepal, à Kathmandou puisque malgré ses grandes qualités athlétiques la prudence après l’ infarctus subi lui interdisait désormais les séjours prolongés à ces altitudes. Il y est resté 20 ans.

     Sherpasig est un panorama de sa vie jusqu’à aujourd’hui. 

     Une enfance catalane (il est né à Banyuls dels aspres), un déménagement de ses parents à Grenoble, fondateur autant que ses rêveries d’élève dissipé, de ses goûts pour les montagnes si proches. Une passion pour la chasse aux chamois, lesquels, comme on dit pour les cèpes, ne se trouvent pas sur le parvis de l’église de Collioure. 
     Des éléments qui vont le conduire à s’enhardir dans des courses en montagne de plus en plus difficiles, jusqu’à se voir proposer des expéditions dans l’Himalaya mythique. Se considérant comme « invité », ce dilettante surdoué s’est ainsi retrouvé membre de la 2è expédition française ayant vaincu l’Annapurna après celle dirigée par Herzog. Le début d’une reconnaissance du milieu montagnard alpin et d’un battage médiatique pour lequel l’homme avait bien peu de goût. La gloire, l’utilisation tortueuse que pouvaient en faire les journalistes et les politiques, ne l’intéressait pas, au point que ces derniers tout comme ses pairs ont commencé sans doute à juger qu’il crachait dans la soupe et se sont méfiés chaque jour un peu plus de ce « révolutionnaire ». 
          Traquant les faux semblants, les miroirs aux alouettes, ce dernier aggrava son cas en prenant conscience de l’extrême misère du pays qui pour d’autres était terrain de jeu, ou prétexte à revendiquer un bouddhisme de pacotille épatant le bourgeois. Il se contenta désormais de quelques expéditions pour explorer des voies inconnues et/ou très difficiles d’accès, tout en s’investissant de plus en plus après sa rencontre avec Danzi dans l’aide concrète au village de sa belle famille (par ex électrifié par ses soins… et sa bourse en partie), faisant profiter Pangboche de ses connaissances professionnelles (il a tenu longtemps un bureau d’études de travaux publiques) 

      Les inimitiés qu’il commençait à collectionner atteignirent leur zenith quand il prit fait et cause au Nepal, et au Nepal seulement, il faut insister sur ce point, pour les maoïstes locaux, seuls capables selon lui par leur courage et leur droiture de lutter efficacement dans ce pays contre la misère et la corruption. Un paradoxe apparent pour ce grand lecteur capable de citer des pages entières de De Gaulle et admirateur de Malraux. Au point que, adversaire de nombreux politiques en place peu regardants sur les moyens, pour sa sécurité comme pour celle de sa famille, il se trouva contraint de revenir au pays, cette fois définitivement, après avoir donné à sa femme les moyens de gérer un lodge pour les touristes/randonneurs étrangers, et permis à Sonam de poursuivre des études en France.

    Lisez ce livre plein de verve et d’humour de ce monsieur attachant, sentimental, gentiment coquin parfois, très pudique sur des passages de sa vie plus délicats que certaines dalles ED (Extrêment Difficiles) comme la perte de contact avec ses 3 premiers fils, ou la mort de grands amis compagnons de cordée. Il est auteur d’une quinzaine au moins d’autres ouvrages dont de très jolies nouvelles montagnardes. 

     Cette très belle video de Christophe Raylat vous en dira un  peu plus aussi sur le personnage.


    Ceux qui s’intéressent à la politique peuvent aussi visualiser avec profit celle ci 



dimanche 27 mars 2016

Salut grand ours brun !




Un vieil ami est parti, lui aussi... Article du Monde

           Pour ceux qui seraient intéressés et aussi parce que je m'aperçois que les non abonnés n'ont peut être pas accès à l'article, voici l'intégrale de 5 entretiens avec Jim Harrison sur France Culture, (2006).

samedi 16 janvier 2016

Alors, tu ne lis plus ?


          
          Bien sûr que si, mais d'une part la lecture chez moi, comme les autres activités d'ailleurs, occupe ma vie par vagues, tantôt de grandes lames qui m'emportent comme un fétu de paille, tantôt une houle moyenne qui me berce juste gentiment, jusqu'à laisser place à des moments de mer absolument plate, d'autre part je n'ai pas envie de commenter toutes mes lectures, loin s'en faut, ce blog reste une promenade dilettante, et, comme je le répète, récréative.

                Noël a donné bien sûr à mes proches l'occasion de garnir ma table de chevet de nouveaux volumes, et je me réjouis des lectures à venir grâce à eux. Je me suis jeté sur les deux premiers, dont je vais pourtant vous dire 2 mots, juste parce que j'en ai envie, voilà.

                Le premier est une bande dessinée, ce qui montre bien  si besoin était que l'aspect ludique est important pour qui aime lire. 


            "Les ignorants" d'Etienne Davodeau, est une merveille d'intelligence. Cet album conte l'initiation croisée de deux amis, l'un vigneron, l'autre dessinateur, chacun faisant découvrir à l'autre son propre travail. Rencontre insolite entre deux mondes à priori bien éloignés, habilement réunis par l'amitié et la curiosité, servie par des dialogues parfaitement réussis et des situations très bien rendues. A déguster comme une bonne bouteille, ou pour ce qu'elle est,  une excellente BD !

                                                                         ****

               Pour le second, le nom et la photo de Carver sur la couverture étaient un aimant irrésistible, et je me suis immédiatement embarqué dans ce nouveau "pavé", une biographie de celui qui pour moi est le maître absolu de la nouvelle.



             "Carver, une vie d'écrivain" de Carol Sklenicka a demandé à son auteure dix ans d'un travail colossal pour tenter de faire comprendre à ses admirateurs combien la vie et l'oeuvre de cet homme étaient intimement liées. On ne se faisait pas d'illusions à ce sujet, tant ses nouvelles transmettent un ressenti à l'évidence "vécu". Mais la lecture de cette biographie surprend quand même en donnant l'impression que quasiment chaque situation rencontrée, chaque sentiment éprouvé, chaque conflit à résoudre, se sont transformés parfois à grande distance en matériau pour construire une oeuvre littéraire. Un détail de la vie de tous les jours, et hop, une nouvelle ou un poème qui vous touche au coeur. Carol Sklenicka met à jour des liens extrêmement précis entre tel texte et tel moment de la vie de l'écrivain tout au long de son oeuvre.

              Et pour ma part j'ai appris énormément de choses sur la réalité de son parcours. Une enfance prolétaire, mais dans une famille assez unie, un mariage et des enfants très jeune, avec une femme qu'il a connue à 15 ans, qui a fait bouillir la marmite pendant les longues années de galère et dont il se séparera pourtant, hélas pour elle (même s'il va l'aider assez longtemps ensuite), après avoir connu le succès et arrêté de boire, tout en continuant à l'aimer apparemment profondément (ambivalence des sentiments, comme vis à vis de ses enfants). Pendant toutes ces années de vache maigre, on est frappé en effet par cette ambivalence des sentiments qu'il éprouve, entre les charges domestiques qui l'accablent et l'empêchent d'écrire, la culpabilité d'être à peine maintenu à flot par les boulots de serveuse accumulés par sa femme Maryann qui n'arrive pas du coup à terminer ses études, les petits contrats arrachés dans des universités éparpillées sur le territoire américain…

           Carver semblait être un grand ourson un peu gauche et même maladroit, foncièrement gentil et sociable mais avec des périodes plus agressives, certaines lâchetés, des moments de jalousie, des réactions un peu infantiles, sans doute en rapport avec son alcoolisme croissant. Tout en connaissant son addiction tabac-alcool, je n'avais pas pris conscience à quel point ce combat contre l'alcool a véritablement été le combat de sa vie. Alcool chez son père, sa femme et sa fille, il y avait bien des causes sous jacentes, mais que je n'ai pas su extraire clairement de ce livre dense. Dans le même temps, une détermination farouche à devenir un écrivain, et un écrivain reconnu, malgré les échecs à répétition, une incapacité à produire un roman, détermination que je ne pensais pas non plus si absolue.

               Le fouillis des tentatives pour faire éditer une nouvelle dans les magazines littéraires US, celui des différentes éditions de différentes versions ou à différentes périodes est un peu difficile à suivre, quand de plus Carol Sklenicka aborde les fameuses "coupes sombres" imposées par celui qui fut son principal éditeur, Gordon Lish, devant lequel Carver parfois pliait, parfois se rebellait, pour s'incliner de nouveau, le désir d'être édité étant prioritaire.

             J'ai compris aussi pourquoi les dix dernières années de réussite, après l'arrêt de l'alcool et une reconnaissance croissant en flèche étaient pour lui "un régal" comme il disait, même avec l'échec sous jacent de sa première famille. Ces années sont aussi les années avec la poétesse Tess Gallagher, que Carol Sklenicka évoque avec peu de chaleur sans toutefois l'éreinter (plusieurs conflits comme souvent ambigus, ± feutrés, après le décès de l'écrivain en 1988 entre elle et sa "famille d'avant")

             Un "régal" qui s'est terminé à l'âge de 50 ans, l'alcool ayant préparé le terrain, c'est le tabac, puis la marijuana, sans doute vécus par Carver comme des adversaires secondaires, qui ont fini le boulot.






mercredi 4 mars 2015

Pavés (suite)

Tableau de Carel Fabritius, 1654



             Impression mitigée après lecture de l'énorme ouvrage de Donna Tartt Le chardonneret. Je suis allé au bout des  1100 pages de l'édition "pocket", ce qui signifie que l'intérêt a persisté tout au long de ce voyage au long cours. L'expression n'est pas vaine quand on sait que cette petite femme de 50 ans a mis 10 ans pour l'écrire, durée à peu près équivalente au temps mis pour composer ses 2 précédents romans (Le maitre de illusions et Le petit copain). Le premier livre l'avait d'emblée rendue sinon célèbre du moins connue, mais Le chardonneret a décroché le  jackpot du prix Pulitzer en 2014.

                Alors pourquoi mitigée ? Bien des choses sont réussies et parfois admirables dans ce livre. 

               Le sujet est original, un jeune ado de 13 ans est victime avec sa mère divorcée d'une explosion qui détruit en partie le musée Metropolitan de New York. Sa mère y perd la vie et lui s'en sort en emportant sur la demande d'un vieil antiquaire lui aussi victime (touché à mort) un petit tableau, une des rares merveilles conservées d'un maitre hollandais du XVIIè,  Carel Fabritius , ± élève de Rembrandt et inspirateur de Vermeer. Entre l'âge de 13 ans et l'âge de 27 ans, il fera tout pour garder cette oeuvre secrète, qui l'obsède, rappelle sa mère adorée, mais fait aussi de lui un voleur lourdement condamnable, dans sa vie cahotique qui le conduit dans une famille d'accueil de la grande bourgeoisie de Manhattan, puis chez son  père alcoolique ± repenti à Las Vegas quand celui-ci finit par se manifester, puis retour à New York à la mort du père, où il retrouve Hobie l'associé du vieil  homme décédé dans le premier drame du musée, grâce à une bague confiée juste avant de mourir, et ce restaurateur de meubles et d'oeuvres d'art deviendra une sorte de père respectable de substitution. 

             La charge  symbolique du tableau (un petit oiseau, une patte liée à son perchoir, donc prisonnier, fait front et vous fixe) est le fil rouge de l'histoire d'un  passage à l'âge adulte, depuis la candeur  enfantine jusqu'aux noirceurs adultes, en conservant cahin caha une âme d'enfant.

                Des liens  particuliers se tissent à ces différentes étapes, les plus importants étant celui avec Boris à Las Vegas, une sorte d'Huckleberry Finn d'origine slave, à la fois candide, sans scrupules et sans peur, et celui avec Pippa, une fille rousse qui accompagnait le vieil homme victime de l'attentat (ou pas ? ce n'est pas le propos) au musée, dont il est tombé amoureux au premier regard, qu'il retrouve chez Hobie, et pour qui il gardera un amour platonique non partagé digne des Hauts de Hurlevent. Moins signifiants mais réels, les liens conservés avec les Barbour, sa famille d'accueil de la haute bourgeoisie New Yorkaise, parents d'un premier ami d'école; il va même se marier vers la fin  avec une  des soeurs sans amour des 2 côtés, en caricature douce des mariages intéressés de la haute société.

                Les références à la littérature sont multiples et ambitieuses (de Dostoïevski à Dickens, ou à Truman Capote, etc…), les milieux sociaux sont décortiqués dans les plus petits détails, comme les réflexions sur  l'art, les effets des  drogues (très présentes et bizarrement familières au héros, presque une routine), le monde tortueux des restaurateurs d'art, sont passés au crible, Amsterdam interlope, Manhattan grand bourgeois, Las Vegas gigantesque artifice sont sondées de façon incisive et l'écriture est parfaitement fluide même dans une effarante complexité de miniaturiste.

               Alors quoi, donc ? Eh bien malgré cette impressionnante écriture proustienne, sans pour moi l'ennui que génère celui ci (pardon, monsieur Marcel…), un truc cloche quand  on arrive à prendre un peu de recul pour s'asseoir un peu sur la berge de cette Amazone de mots. Quand on est dans le courant, on ne s'en aperçoit même pas, on se  laisse emporter. Si on arrive à se poser, on trouve que la faille est curieusement d'ordre émotionnel. Hormis l'extraordinaire scène de l'explosion, beaucoup de sentiments transmis ont quelquechose d'artificiel, malgré des précisions qui seraient pain béni pour un  cinéaste (arrière pensée de l'auteure ?). Quand le héros souffre, et c'est terriblement souvent, on ne souffre pas avec lui, en fait, quand il se drogue, ses éléphants roses semblent autant de clichés (certes, je ne me suis jamais défoncé), quand il est amoureux transi, on ne le "sent" pas bien (et certes, cette fois, j'ai déjà été amoureux transi). Et puis, on le suit entre 13 et 27 ans, âge bourgeonnant s'il en est, et quasiment rien question sexe, ou alors des allusions à peine dessinées, au point qu'on se demande pour le coup (honte à moi !) ce qu'il en est de l'auteure (50 ans, et célibataire je crois) de ce point de vue. La réalité des émotions perçues, pour fouillées, développées, ciselées, qu'elles soient, n'est pas souvent parvenue jusqu'à moi.

           Donna Tartt dans une interview prétend qu'elle se souvient exactement de chaque mot de cet énorme livre. Cela irait jusqu'à m'inquiéter, si je devais la rencontrer… Malgré l'évident respect que j'ai pour ce travail de titan, et encore une fois l'intérêt de ce roman touffu mâtiné de thriller (surtout la dernière partie, là encore un peu cliché), je garde la réserve que j'ai souvent devant les films américains, images et mise en scène superbes, mais sentiments souvent plaqués, fabriqués, pas toujours crédibles ou bien convenus.

           PS: je ne signale pas sur ce blog toutes mes lectures, un mot pourtant à propos d'un autre livre lu récemment,  Le problème Spinoza, mine de rien un élégant cours vulgarisateur de philosophie et de psychanalyse par Irvin Yalom: un haut dignitaire nazi au nom juif (Rosenberg), théoricien antisémite  de la solution finale, est curieusement fasciné par le philosophe juif "excommunié" en son temps par sa communauté à Amsterdam. Etonnant, non ? Etonnant, je ne sais pas, Yalom avance quelques explications, mais passionnant, ça oui. 



mercredi 21 janvier 2015

Pavés



                Pour sortir un peu de l'ambiance délétère créée par ces attentats qui réduisent en charlie charpie des auteurs de petits mickeys irrespectueux, en attendant peut être de réserver le même sort à n'importe quelle ménagère achetant ses blinis ou son poulet pour le repas dominical, rien de tel que se plonger dans un bouquin, si possible épais comme un dictionnaire, pour avoir le temps de se perdre dans les univers proposés, et de s'éloigner d'autant de ce monde déboussolé.

            Je me suis donc lancé dans les longues distances, avec d'abord "L'empreinte de toute chose" d'Elizabeth Gilbert, auteur du best-seller Mange, prie, aime:



             Alma Whittaker naît en 1900, à Philadelphie, d’un père anglais qui a fait fortune dans le commerce du quinquina, et d’une mère hollandaise érudite. À leurs côtés et au contact des chercheurs qui gravitent autour d’eux, Alma, intelligente et éclectique, acquiert  la passion de la botanique. Elle possède la soif d’apprendre, qui la poussera à devenir spécialiste… des mousses, ce qui la conduira à explorer le monde du XIXè.  Intéressant, mais un peu artificiel, notamment quelques épisodes venant comme un cheveu sur la soupe, prouvant que l'héroïne, pourtant peu séduisante, est aussi parfois intéressée par le sexe.  


              Le sexe n'est pas non plus le thème dominant, même s'il y fait de rares apparitions, apanage de jolies fleurs "faites pour ça" dans le roman fleuve d'Antonio Garrido: "Le lecteur de cadavres"   qui nous emmène jusqu'au XIIIè siècle en Chine, pour conter l'histoire romancée de l'ancêtre des médecins légistes. 





                   Un thriller historique  passionnant bourré de détails sur la Chine d'alors, même si le héros va de Charybde en Scilla, par une sorte de fatalité masochiste, se tirant toujours au dernier moment de situations extrêmement périlleuses pour tomber immédiatement dans un traquenard encore pire. Pour qui veut s'éloigner de la cruauté, pour le coup c'est raté !   

                   Beaucoup plus proche de nous et bien plus court (450 pages seulement !) "Le dernier stade de la soif" de Frederick Exley (1930-1992)  est sans doute le plus difficile à commenter.  La référence à Bukowski est évidente, avec cette autofiction hallucinée et hallucinante où le vrai et le faux sont indéchiffrables. Un long délire de poivrot jusqu'auboutiste et malgré tout génial, abhorrant toutes les valeurs de la société américaine, au point de s'écrouler en permanence ivre-mort peu importe le lieu, jusqu'à être hospitalisé en psychiatrie et subir insulinothérapie et électrochocs avec une espèce de complaisance lucide et masochiste effectivement digne d'un psychopathe. Mais le monsieur rêve de gloire, sans doute littéraire, en procrastinant ou brûlant ses écrits, il idolâtre dans un défi puéril un joueur de foot américain célèbre, sans doute le seul individu digne selon lui (peut être avec son père) de jouer le jeu du rêve américain, et présente toutes ses propres défaites, blessures, humiliations, lâchetés, impuissances, avec une lucidité effrayante, comme un désastre auréolé. Sa langue est effectivement magnifique, même si la jouissance à débiter ces torrents de mots est un peu suspecte. 

            Un suicide vécu comme une victoire, ça ne vous rappelle rien ? Mais au moins cette violence n'a-t-elle eu pour victime que lui-même…
                

        




mardi 16 décembre 2014

Au fil de l'eau


               
               Les tristes évènements récents évoqués dans le billet précédent m'ont peut être conduit sans même que j'en sois conscient, à refaire un tour dans la nature, mais cette fois grâce aux livres, et, comme je l'avais fait cf ce billet, à lire coup sur coup, de nouveau par hasard, deux auteurs d'époque bien différente. John Gierach, américain contemporain, et Jérome K Jérome, anglais du XIX è siècle. Cette fois ces deux là m'ont entrainé au fil de l'eau et non plus dans les forêts profondes, et m'ont fait rire, j'en avais besoin.

Le vrai titre est "Trois hommes dans un bateau (sans parler du chien)"



                L'auteur anglais du XIXè, que l'ami qui me l'a conseillé prétend avoir lu 4 fois comme l'aurait fait aussi Jacques Faizant d'après la préface du livre, nous conte une remontée de la Tamise en canot, non dénuée de notes historiques, mais essentiellement prétexte à des cascades sans fin de situations "gags" décrites dans un style un peu vieillot, mais caractéristique de l'humour anglais, certes servi habituellement à doses plus filées. L'histoire à son époque aurait connu un succès phénoménal et le livre serait passé sous le manteau de main en main. "Sous le manteau" je ne sais pas trop pourquoi, l'ironie qui saupoudre l'ouvrage à longueur de pages ne me semblant pas d'un pouvoir subversif extrême. Excellent prétexte pour en faire une pièce de boulevard, ce qui bien sûr fut réalisé à maintes reprises.

C'est le sexe et la mort… des mouches. Mais rien d'un ouvrage technique ! Un régal !


                 Hormis son titre, l'ouvrage de John Gierach qui passe sa vie à pêcher à la mouche et à écrire ensuite sur la pêche à la mouche, ne présente pas non plus d'élément inquiétant pour la société, hormis une pincée d'écologie réfléchie et intelligente, mais c'est un pur bijou là aussi d'humour anglo saxon, bien plus moderne, avec une autodérision succulente et une ironie cette fois délicatement dosée. On ne sera pas surpris de trouver l'influence de Jim Harrison et de Tom Mcguane, deux autres géants du "nature writing". Ce pêcheur invétéré est diplômé de philosophie, j'allais dire bien sûr, tant il est vrai que ceux qui se gaussent de l'apparente banalité d'une vie simple et proche de la nature feraient bien d'y réfléchir à deux fois …



          Deux citations méritent à mon avis leur place ici, la première est de JK Jérome lui même, la deuxième est en exergue du livre de Gierach et est de Jim Harrison.

« Rends légère la barque de la vie et munis-la des seules choses dont tu aies besoin: un intérieur et des plaisirs simples, un ou deux amis dignes de ce nom, quelqu'un qui t'aime et que tu aimes - un chat, un chien, une pipe ou deux - prends assez de provisions pour te nourrir et te vêtir, un peu plus que le nécessaire pour te désaltérer, la soif étant une chose terrible. » Jérome K Jérome

" Je plonge le regard dans le trou le plus profond de la rivière, mystérieux comme peut l'être un grenier pour l'enfant, et je repense à ces deux pistes qui s'enfoncent et disparaissent en s'effilochant dans la forêt. J'ai la sensation que cela fait des jours que je tourne en rond sans le moindre reste d'énergie en moi. " Jim Harrison



samedi 20 septembre 2014

On the road again…



             Etonnant de constater combien mes lectures me ramènent souvent dans les paysages américains. J'ai déjà expliqué qu'alors que je ne suis pas du tout admiratif de la culture (ou l'absence de culture…) et du mode de vie des USA, je suis souvent sensible à la manière avec laquelle leurs écrivains font partager des émotions profondes avec très peu d'artifices et sans effets de style particuliers. La liste est impressionnante de Steinbeck à Irving en passant par Faulkner, Caldwell, Hemingway, Ford, Carver, Auster, Roth, etc…




                Ce n'est pas le cas cette fois selon moi de Jim Harrison, pourtant un de mes auteurs fétiches, qui m'a déçu avec son Nageur de rivière. Ce livre contient deux courts romans (novelas). Le premier met en scène un intellectuel sexagénaire, professeur d'histoire de l'art à défaut d'avoir été le peintre qu'il rêvait d'être, de retour dans son Michigan natal où l'attendent une vieille mère ornithologue et autoritaire, les souvenirs d'un père décédé et les blessures jamais guéries d'un premier amour écrasant. Dans le second, un jeune homme "paysan et nageur", est aimé par deux filles dont les pères sont l'un une brute violente, l'autre un richard abusant du pouvoir de son argent. Lui ne pense qu'à nager sur d'incroyables distances dans les fleuves et les lacs... 

       Même si j'ai retrouvé parfois ce talent à nous entrainer dans des histoires imbriquées à la façon de poupées russes, l'ensemble m'a semblé surfait, pas vraiment sincère et pour tout dire je n'ai jamais réussi à m'installer dans ces récits qui semblent pourtant avoir plu aux critiques.




              Le fils de Philipp Meyer   est un ambitieux pavé embrassant 150 ans de l'histoire du Texas à travers plusieurs générations d'une grande famille de "propriétaires" terriens dont la richesse a explosé avec la découverte du pétrole dans les sous sols de l'état. 
            Les  allers retours sont nombreux entre les personnages et les époques. Toute la première moitié du livre est passionnante qui fait revivre les conflits incessants (et sanglants) entre Indiens Comanches, Mexicains et Texans sur un territoire  revendiqué de tous côtés. Le premier personnage de la lignée Mc Cullough, enlevé dans son enfance par les Comanches, sera marqué pour toujours par l'épisode, participera à la conquête de l'Ouest, à la guerre de sécession, établissant les bases d'un empire à coups de vols de bétail et d'expéditions violentes. 
          Un petit fils de ce tyran sans scrupules, Peter, choisira le camp mexicain, un accroc dans la lignée dominatrice qui reprendra avec l'ambition démesurée de Jeanne Anne, petite fille de Peter, quand le Texas devient un immense forage pétrolier. Cet aspect m'a moins intéressé, même si avec l'ensemble on ressent bien l'incroyable violence qui irrigue les racines des USA.




            Enfin Retour à Little Wing de Nickolas Butler  nous emmène dans le Wisconsin (Midwest),  l'Amérique "agricole" où se retouvent après avoir passé la trentaine à l'occasion d'un mariage quatre amis d'enfance aux parcours et projets différents. 

           Dans ces retrouvailles beaucoup d'émotions, de chaleur mais aussi de non dits, de rivalités, de conflits cachés qui finalement n'arrivent pourtant pas comme en planait la menace à détruire l'amitié entre les personnages, cimentée par les lieux et les liens d'enfance. Enormément d'empathie et de tendresse dans un livre parfaitement construit, une sorte de réconfort après les cruelles galopades texanes.



PS: je ne sais pas pourquoi 2 images sur 3 des couvertures de livre sont floutées, je n'ai pas décelé le problème (définition de l'image d'origine ? j'ai essayé avec plusieurs, sans succès)







mercredi 26 février 2014

Notes de lecture


           Pas mal de livres lus ces derniers mois surtout des romans sans avoir déniché de pépite, même si "L'intensité secrète de la vie quotidienne" de William Nicholson se lit avec plaisir  et intérêt.








               L'auteur propose un regard plein d'empathie et d'humour sur une douzaine de personnages de la bourgeoisie contemporaine du Sud de l'Angleterre, dont les problématiques pourtant nous parlent car elles ont quelque chose d'universel. On peut par son approche lucide étonnament douce, au prix d'un effort humble d'attention à l'autre, les comprendre avec indulgence au lieu de hâtivement les juger.

              Je jette maintenant des regards en coin au pavé qui m'attend, à cause de ses 1000 pages, un roman somptueux m'a-t-on dit: "Dans la grande nuit des temps" de Antonio Muñoz Molina. Sujet d'une future note ?


            Mais c'est un livre d'un autre genre, à la fois scientifique et poétique, qui m'a récemment enthousiasmé. "Sur les épaules de Darwin, je t'offrirai des spectacles admirables"de Jean Claude Ameisen, responsable d'une émission hebdomadaire de même nom (sur les épaules de Darwin) sur France Inter. 




               Un talent considérable de ce médecin et biologiste pour nous aider à découvrir les beautés secrètes de l'univers, depuis l'infiniment petit, lieu de récentes découvertes stupéfiantes sur les comportements, les raisonnements (oui !) ou même les émotions (si si!) des abeilles et des fourmis, jusqu'à l'infiniment grand des comètes et du système solaire, un parcours scientifique intelligemment vulgarisé, des références parlantes aux grands poètes/penseurs de l'histoire, des liens inattendus mais concrets entre la musique et les mathématiques, l'observation de perfections géométriques décelables dans un flocon de neige, une alvéole dans une ruche, comme dans les mouvements des planètes, etc… 

            Une entreprise tendant à nous faire cesser enfin d'envisager notre terre comme centrée sur l'homme et à son service, presqu'aussi salutaire pour le futur que la révolution copernicienne après les siècles obtus qui juraient sous la houlette des religions que notre système solaire était lui géocentré.