Lac de Pradeilles (Pyrénées Orientales)

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Ce blog comme une promenade entre amis… On pourra donc lire ou écrire, admirer la nature, ramasser des cèpes ou des morilles , pêcher à la mouche, jouer au poker, parler médecine, littérature, actualité,ou même de tout et de rien comme le font des amis en fin d'une belle journée de randonnée...

jeudi 14 avril 2016

Souvenir, souvenir





               Ce n'est plus la saison, et plus grave malheureusement nous avons pratiquement renoncé à la quête qui nous a enchantés quelques années, celle des truffes "sauvages", donc  permises, la faute à cette sécheresse répétée sur 3 ans qui a stérilisé dans notre région  le mycélium de nombre de truffières ne bénéficiant pas d'arrosage programmé par l'homme.

              Je dois donc me contenter de souvenirs, quand d'autres semblent avoir encore la chance de  pouvoir caver quelques merveilles, comme le montre cette excellente petite video, où tout y est sauf l'extraordinaire odeur qui embaume nos doigts quand ils prélèvent de la  terre immédiatement au dessus  du fruit convoité...



vendredi 1 avril 2016

Détour en cuisine





        C’est après avoir écouté les entretiens avec Jim Harrison que je vous ai conseillés dans mon dernier billet que me vient l’idée de mettre mon grain de  sel en papotant dans la cuisine.

         Jim H était c’est bien  connu un gastronome, ou plutôt un gourmand capable d’excès de table que beaucoup de bonnes fourchettes n’oseraient envisager. Douze douzaines d’huitres englouties à Cancale, dix neuf plats honorés dans un banquet du XVIII è reconstitué chez son ami Gérard Oberlé, avec lequel il aimait sillonner la France des bonnes tables, ce n’est pas pour rien qu’il avait du diabète, de  l’hypertension et souffrait de crises de goutte spectaculaires. 

         Bien incapable de le suivre sur ce terrain (et sur bien d’autres hélas) je note toutefois qu’il a appris très jeune qu’il n’y avait grosso modo que 3 cuisines valables dans le monde, la française, l’italienne et l’asiatique. Bien sûr des exceptions notables rendent ce jugement un peu abrupt: qui ne se régalerait pas d’un couscous de graine parfaite avec épaule d’agneau confite de 12h ou d’une vraie paella marinera aux fruits de mer, deux  exemples  parmi d’autres… Mais globalement on n’est pas loin de la vérité. Même si les 3 ont bien quelques petits défauts pour les pinailleurs: la cuisine asiatique ferait trop de fritures, l’italienne utiliserait un peu trop volontiers les pâtes et  les fromages, la française serait parfois trop compliquée/sophistiquée.

         Cette dernière critique trouve un écho chez moi dans la mesure où ma chère compagne ne met les pieds dans  la  cuisine que si, ayant égaré ses clés (évènement terriblement fréquent), elle est obligée de fouiller la maison dans ses moindres recoins, y compris, donc, la  cuisine, pour les retrouver. Prélever un simple yaourt dans le frigo peut en effet parfaitement suffire dans son cas pour  étourdiment substituer au-dit yaourt un trousseau de clés si elle téléphone en même temps. 

         Je n’ai donc pas sur ce point la chance de Jim Harrison  qui attribuait la longévité de son  couple depuis son mariage à l’âge de 23 ans au fait d’adorer cuisiner en commun avec son épouse. Et trouver, seul, des idées de plats  fait toucher du doigt les difficultés de générations de femmes au foyer obligées de confectionner des repas chaque jour sans trop se répéter. Quand je regarde autour de moi, la génération de mes enfants côté féminin s’est à l’évidence libérée en masse de ce type de contrainte, mais la mienne, de génération, trouve encore quelques veinards dont la femme cuisine régulièrement, on est sans doute le précurseur qu’on mérite d’être …

          C’est certainement donc par manque d’imagination quotidienne  que je suis plutôt adepte des plats longtemps mitonnés qui sont même parfois meilleurs quand ils sont réchauffés, ce que je m’empresse donc de faire le lendemain, type ragoûts, daubes, gratins, etc… Ceux qu’on peut « oublier » sur un feu doux sans risque de catastrophe. Et par paresse bien sûr, comme faisaient déjà nos grands mères à la campagne, qui laissaient, finaudes, ronronner leurs faitouts au coin  de l’âtre, ces grandes marmites où se servaient les hommes après les travaux agricoles ou les journées de chasse, quelle que soit l’heure de retour à la ferme et quelle que soit la quantité nécessaire, suffisait de compléter par une bouteille de vin, une miche de pain, une  pomme ou du fromage.

         Manque d’idées, certes mais pas seulement: c’est aussi par nostalgie de ces fumets si particuliers qu’on regrette de ne plus trouver facilement d’auberge proposant au randonneur ce type de plats mijotés rustiques et tellement délicieux parce que faits avec les légumes du potager et la viande d’une étable nourrie à l’herbe ou d’une  basse cour gavée de grains.

         Dans les gites de montagne on vient faire le plein une fois par semaine chez le grossiste Métro local où les souris d’agneau sont précuites et sous blister. Réclamer de manger des truites ou une friture du torrent qui cascade sous la salle du restaurant, ou des cèpes de la forêt d’en face provoque un demi sourire poli et un léger haussement d’épaules. Vous vous trompez d’époque cher monsieur, et puis comme l’a dit le médecin de Big Jim à son patient, si vous vous rabattez sur l’entrecôte et les frites avec une bouteille de vin (notre plat du jour, euh, de tous les jours…), il faudra marcher au moins 2 heures demain pour compenser.

         C’est pourtant bien l’inverse qui fait sens, marcher 2 ou 4 heures pour le plaisir, cueillir des morilles ou des cèpes et obtenir au retour avec ces délices une succulente recette de grand mère servie dans  une  assiette épaisse, pas sur ces plats mornes et rectangulaires où zigzague autour de 3 tomates anémiques un filet tremblant de vinaigre balsamique en signature de fade modernité. Tant que ce n’est pas l’été, dont la chaleur nous cantonne, parfois pour le plaisir aussi soyons honnêtes, aux salades et aux fruits, éventuellement quelques grillades, laissons leur chance à nos fricots, guère sophistiqués et pourtant pas si répandus dans le monde, hormis à la rigueur toutes les variantes de notre pot au feu.

        Qu’on puisse dire, sans forfanterie, comme Jim H s’est entendu répondre, un jour qu’il demandait où on mangeait le mieux, dans le  Kansas: « eh bien, ici, chez soi »

dimanche 27 mars 2016

Salut grand ours brun !




Un vieil ami est parti, lui aussi... Article du Monde

           Pour ceux qui seraient intéressés et aussi parce que je m'aperçois que les non abonnés n'ont peut être pas accès à l'article, voici l'intégrale de 5 entretiens avec Jim Harrison sur France Culture, (2006).

vendredi 26 février 2016

En revenant du "Revenant"




         Je me dis que je  peux bien me fendre d'un petit billet cinéma. Ce qui n'est pas si fréquent, compte tenu de la fréquence assez faible avec laquelle je me rends dans les salles.

        Les paysages sont magnifiques m'avait-on dit pour me persuader, en évoquant l'ancien "Jeremiah Johnson" et le un peu plus récent "Into the wild".  Et on ne peut que confirmer l'incroyable beauté des paysages de neige, des forêts oppressantes et des cours d'eau tumultueux dans lequel évolue le héros Hugh Glass (Di Caprio), victime  sanguinolente, véritablement déchiquetée par un grizzly dans une scène hallucinante de sauvagerie animale, laissée pour morte en plein territoire indien hostile par un trappeur félon chargé de veiller sur lui dans l'attente de secours.

      Il s'agit sinon d'un western classique dont l'argument est comme d'habitude la vengeance implacable de la victime du début qui triomphe des plus terribles obstacles jusqu'au duel final avec le traitre, évidemment victorieux malgré de nouvelles profondes blessures du corps du héros une nouvelle fois martyrisé.

      La recette est donc  connue, adaptée comme il se doit avec les ingrédients "à la mode" actuellement: référence aux Indiens victimes des trappeurs blancs trafiquants de peaux, au racisme à travers le meurtre du fils "sang mêlé" de Glass et le viol d'une indienne,  allusions chamaniques/religieuses à l'âme indienne inaltérable imprégnant la nature… et  ultra violence. 

         Quand Clint Eastwood abandonné en plein désert sous un soleil brûlant revenait à la vie dans un western spaghetti en étant plus deshydraté qu'une figue desséchée, Di Caprio réussit à cicatriser cent blessures infligées par un ours de 800 kilos en dormant dans la neige par -10° et en plongeant dans un fleuve qui charrie des glaçons pour  échapper aux Indiens. Soit.

       C'est plutôt la surenchère de violence qui est pénible. Car le tapis de neige est plus souvent rouge que blanc  immaculé. On échappe de peu à l'émasculation du trappeur violeur de l'indienne mais on gage qu'au prochain film les organes ruisselants de sang du coupable finiront bien par être exposés plein écran sous une lumière adéquate.

       Et on se prend à interroger le pourquoi d'une telle escalade de violence, le pourquoi de héros à ce point masochistes. Comme si on ne pouvait plus raconter une histoire sans exposer 10 mètres d'intestin ou quelques hémisphères cérébraux sur la prairie avec la netteté écoeurante qu'offre un scialytique sur un champ opératoire. 

        Interdit aux moins de 12 ans dit la  bande annonce.
      De toute façon j'ai 12 ans 1/2, j'ai vu le dernier Tarantino na na nèreu, et même que j'ai déjà vu le top, des videos de Daesh sur internet, alors…

vendredi 19 février 2016

Cuba libre ?





               Si on enlève le point d'interrogation, on obtient un cocktail qui avec le mojito, la caïpirinha et la pina collada associe dans nos esprits rendus alors un peu brumeux les fêtes antillaises, la joie de vivre, les orchestres de salsa et de rumba et ce pays attachant.

              Si on le laisse, le questionnement pourrait aussi bien concerner l'avenir de Cuba après les Castro que le devenir de cette île après la fin de l'embargo américain qui l'étouffait depuis des dizaines d'années.

           Ce n'est pas en douze petits jours que nous avons pu nous faire une idée des réponses. Nous avons essayé d'absorber le plus possible de sensations pendant ce petit voyage, et le moins qu'on puisse dire est qu'elles sont contrastées. Une fois n'est pas coutume, je vais proposer dans ce résumé succinct les adresses de quelques hôtes qui par leur gentillesse et les qualités des prestations offertes peuvent intéresser ceux qui projettent de visiter l'île. 

          Notre parcours est resté modeste, à la fois pour  ne pas avoir à passer trop de  temps sur les routes et parce que la météo (fort vent venu du Nord, en particulier du Canada) nous a obligés à zapper la côte atlantique. Nous sommes allés de La Havane à Vinales, puis de Vinales à Playa Giron, puis Trinidad, Cienfuegos et retour à La Havane.


La Havane (ou chefs d'oeuvre en péril !)

          Un choc, une ville délabrée comme mille quartiers St Jacques de chez nous, avec pourtant les fantômes de très nombreux palais et demeures magnifiques au style colonial et/ou art déco datant de l'époque de Battista et de l'argent de la maffia. Quelques bâtiments en restauration cotoient nombre d'autres à moitié en ruines, comme éventrés par une guerre et pourtant habités. Le Malecon (promenade en bord de mer) expose en particulier ces anciens chefs d'oeuvre ravagés.






        Peu de voitures pour une ville de cette importance à part les taxis, dont les fameuses voitures américaines aux couleurs vives que les cartes postales ont rendu célèbres. Multiples vélos-taxis, chevaux-taxis aux prix modestes. Des tranchées dans toutes les rues ou presque, un réseau de canalisations usé jusqu'à la corde.

      Les passants vous saluent souvent spontanément avec sympathie, les sollicitations existent (taxi, cigares) mais sont dénuées d'insistance et d'agressivité. La pauvreté évidente reste digne. 

        La musique est partout, jusque dans les minuscules échoppes ou les logements décatis. Dans les rues commerçantes infestées de touristes, les jeunes cubaines semblent friandes d'une mode latino vulgaire, brillants de pacotille, talons exagérément hauts, faux ongles de 3cms aux couleurs flashies… 

        Mais ni les garçons ni les filles n'allument les touristes de façon intempestive. Il faut dire que nous étions 2 couples et que nous n'étions plus dehors aux heures des salsas imbibées de rhum (ici nommé el ron). Sans être naïfs (David notre hôte nous avait quand même conseillé la prudence de nuit), nous nous sentions bien plus en sécurité que dans beaucoup de grandes villes. David confirma que l'impression était juste, l'attribuant à un mélange d'éducation enseignée très tôt à l'école (l'école, préoccupation prioritaire du régime) et de peur du gendarme peut être caché sous l'habit du proche voisin.
      Je ne vais pas raconter notre programme, mais disons qu'on ne se lasse pas de marcher le nez en l'air dans la vieille Havane, même s'il faut par instants le boucher…

David et Lydia Diaz 361 calle San Miquel -Centro Habana 
diazdavidlidia@yahoo.es
NB: parle très bien français, super aimable, chambres top et p'tit dej complet

Chez David Diaz


Vinales (où même les non fumeurs se mettraient au cigare…)

…Tant les plants de tabac de cette vallée montagneuse ont un minois appétissant et écologique. Nous avons eu droit à la confection d'un "puro" de A à Z lors d'une promenade à cheval dans une plantation. Bon d'accord, on essaye de vous vendre des cigares à la fin, et le prix est plutôt élevé, mais là encore il suffit de décliner l'invitation, et le visage de votre interlocuteur ne copie pas pour autant dans la seconde suivante celui d'un restaurateur méditerranéen qui n'a pas pu vous fourguer un repas complet !

     Les mogotes calcaires truffées de grottes souterraines donnent un cachet particulier à cette belle région naturelle.



Si vous allez comme nous chez Yamirka y Ariel, hôtes parfaits, vous dégusterez la meilleure langouste que nous ayons mangée à Cuba, pour un prix à peine supérieur à un plat de poulet…



Casa Yamirka y Ariel
calle Raphaël Trejo n°4
Vinales
ariel.negrin@nauta.cu

Playa Giron

              Les amis qui nous accompagnaient sont de grands amoureux de mer, plage et bateaux. Il nous fallait donc rejoindre une côte, et le vent nous barrant la côte Nord, nous avons opté pour le sud, direction playa Giron non loin de la baie des cochons, lieu du fameux débarquement de mercenaires jugulé par les troupes du héros national (musée commémorant l'évènement). Là aussi nous avons trouvé des hôtes très sympathiques, disponibles, qui ont senti notre envie de faire du sport puisqu'il nous ont confié d'antiques bicyclettes qui nous ont permis de faire les 20kms aller-retour nécessaires pour aller nager dans caletta buena, un ensemble de piscines naturelles pour touristes que nous avons eu au 1/3 de son prix pour admirer les poissons dans ces aquariums naturels.


            Encore de très bonnes langoustes, sans toutefois la sauce divine de Yamirka. Tout petit bémol, puisque quelques effluves campagnardes selon le vent nous ont rappelé que la baie des cochons n'était pas forcément un nom donné au hasard…

          Je jure qu'il n'y a pas de rancune dans le fait que je n'indique pas les coordonnées de notre hôte, j'ai tout simplement perdu le papier qui les contenait !

Trinidad

            La déception de notre voyage. Ce lieu dont tout le monde disait qu'il méritait 3 jours de séjour possède certes de magnifiques demeures coloniales, souvent en bien meilleur état qu'à La Havane, mais on fait assez vite le tour du centre historique, et les touristes sont vraiment en force ! De plus, l'hôte que nous avions prévu nous a conduit à une autre adresse où entre les coqs, les chiens et les camions, l'absence de vitres dans notre logement par ailleurs très propre nous a offert une nuit d'insomnie peu propice à l'indulgence.
           Mais la langouste était énorme, toujours à prix doux, même si la tendreté diminue quand même avec la taille…









 Cienfuegos

           La bonne surprise. Un endroit que nous avions refusé de parcourir en taxi avec supplément comme le proposait le chauffeur qui nous avait conduit de Playa Giron à Trinidad, et qui, peut être à condition de pousser comme nous l'avons fait jusqu'à Punta Gorda, la partie "maritime", s'est révélé très agréable.

Un palais de la maffia américaine





            La pointe donc, est charmante, et la Pina collada qu'on y sert au soleil couchant est une merveille… La partie nommé le prado à 2kms à peine est agencée autour d'une très belle place entourée d'échoppes proposant les oeuvres d'artistes locaux.
          Une adresse à retenir encore ici:

El coqui y Yanita
Calle 37#1407 e/.14 y 16 Punta gorda, Cienfuegos
yanit-acepero@gmail.com

Playa Rancho Luna

          Magnifique plage à 20kms de Cienfuegos, où nous avons trouvé un logement pour notre dernière nuit avant retour à La Havane, chez un marocain très sympa, ayant fait ses études de médecine en Belgique, puis travaillé au Canada en laboratoire sur le déficit en HDL cholestérol, puis, apparemment par burn out ou du moins état dépressif, s'est installé ici face à la mer.





Casa Larabi
Playa Rancho Luna Cienfuegos
lkrimbou@gmail.com




Kitsch, non ?


Retour à La Havane

D'où bien sûr je ne pouvais pas partir sans avoir visité la Finca La Vigia d'Hemingway (les photos trainent partout, vous n'aurez droit qu'à une !)



              Contrastes je vous disais au début, des gens très pauvres avec des salaires très bas (un médecin gagnerait l'équivalent de 60 euros/ mois, un ouvrier de la manufacture de tabac 30€/mois ) et à ce qu'on nous a dit des denrées alimentaires trop chères. Le fait de posséder de 100 à 1000 fois les ressources des locaux nous rend ridicules à dire que payer 12,5€ pour un repas comprenant une soupe, une belle langouste accompagnée de riz et légumes, des fruits en dessert ne nous semblait pas exhorbitant, mais il n'y avait guère de cubains dans nos casas particulares (dont les repas sont en général bien meilleurs qu'au restaurant !) 

       Fidel a donné des terres à ceux qui n'avaient rien, a pratiquement éradiqué l'analphabétisme, les cubains ne payent quasiment rien pour se loger ni pour se soigner ni pour étudier. Nous n'avons en aucun cas pu juger de leurs possibilités de s'exprimer librement. Ils ne peuvent sortir de leur pays comme ils veulent, on nous a toutefois dit que les impossibilités à sortir proviennent souvent des pays de destination qui n'accordent pas leur visa aux cubains. David notre hôte de La Havane avec qui nous discutions en compagnie d'un groupe de jeunes français répondit quand ils l'interrogèrent sur la "dictature"par un joli jeu de mot: "ce n'est pas une dicta-dure, c'est une dicta-molle", sans doute pour dire que si la répression existe, elle est plutôt dans les têtes d'un peuple habitué à marcher droit que maintenant dans des contraintes brutales. Au long de nos trajets nous avons souvent vu des panneaux qu'on peut certes qualifier de propagandes, soulignant les mérites de la révolution et de ses guides, mais souvent empreints de valeurs humaines, de solidarité et même parfois… de poésie.

          Ce qui nous fait dire que les grandes valeurs de base du communisme ont ici sans doute été dévoyées comme souvent par le pouvoir absolu d'un homme, mais cherchaient aussi sincèrement à dessiner les contours d'un homme nouveau, et qu'elles se sont crispées jusqu'au dessèchement sous l'emprise d'un étau économique sans pitié imposé comme ailleurs si souvent par les grandes puissances capitalistes.

           A la question "qu'attendent le plus les cubains de la fin de l'embargo ?" notre hôte a répondu "je ne sais pas, TOUT, je n'ai connu QUE l'embargo"…




















samedi 16 janvier 2016

Alors, tu ne lis plus ?


          
          Bien sûr que si, mais d'une part la lecture chez moi, comme les autres activités d'ailleurs, occupe ma vie par vagues, tantôt de grandes lames qui m'emportent comme un fétu de paille, tantôt une houle moyenne qui me berce juste gentiment, jusqu'à laisser place à des moments de mer absolument plate, d'autre part je n'ai pas envie de commenter toutes mes lectures, loin s'en faut, ce blog reste une promenade dilettante, et, comme je le répète, récréative.

                Noël a donné bien sûr à mes proches l'occasion de garnir ma table de chevet de nouveaux volumes, et je me réjouis des lectures à venir grâce à eux. Je me suis jeté sur les deux premiers, dont je vais pourtant vous dire 2 mots, juste parce que j'en ai envie, voilà.

                Le premier est une bande dessinée, ce qui montre bien  si besoin était que l'aspect ludique est important pour qui aime lire. 


            "Les ignorants" d'Etienne Davodeau, est une merveille d'intelligence. Cet album conte l'initiation croisée de deux amis, l'un vigneron, l'autre dessinateur, chacun faisant découvrir à l'autre son propre travail. Rencontre insolite entre deux mondes à priori bien éloignés, habilement réunis par l'amitié et la curiosité, servie par des dialogues parfaitement réussis et des situations très bien rendues. A déguster comme une bonne bouteille, ou pour ce qu'elle est,  une excellente BD !

                                                                         ****

               Pour le second, le nom et la photo de Carver sur la couverture étaient un aimant irrésistible, et je me suis immédiatement embarqué dans ce nouveau "pavé", une biographie de celui qui pour moi est le maître absolu de la nouvelle.



             "Carver, une vie d'écrivain" de Carol Sklenicka a demandé à son auteure dix ans d'un travail colossal pour tenter de faire comprendre à ses admirateurs combien la vie et l'oeuvre de cet homme étaient intimement liées. On ne se faisait pas d'illusions à ce sujet, tant ses nouvelles transmettent un ressenti à l'évidence "vécu". Mais la lecture de cette biographie surprend quand même en donnant l'impression que quasiment chaque situation rencontrée, chaque sentiment éprouvé, chaque conflit à résoudre, se sont transformés parfois à grande distance en matériau pour construire une oeuvre littéraire. Un détail de la vie de tous les jours, et hop, une nouvelle ou un poème qui vous touche au coeur. Carol Sklenicka met à jour des liens extrêmement précis entre tel texte et tel moment de la vie de l'écrivain tout au long de son oeuvre.

              Et pour ma part j'ai appris énormément de choses sur la réalité de son parcours. Une enfance prolétaire, mais dans une famille assez unie, un mariage et des enfants très jeune, avec une femme qu'il a connue à 15 ans, qui a fait bouillir la marmite pendant les longues années de galère et dont il se séparera pourtant, hélas pour elle (même s'il va l'aider assez longtemps ensuite), après avoir connu le succès et arrêté de boire, tout en continuant à l'aimer apparemment profondément (ambivalence des sentiments, comme vis à vis de ses enfants). Pendant toutes ces années de vache maigre, on est frappé en effet par cette ambivalence des sentiments qu'il éprouve, entre les charges domestiques qui l'accablent et l'empêchent d'écrire, la culpabilité d'être à peine maintenu à flot par les boulots de serveuse accumulés par sa femme Maryann qui n'arrive pas du coup à terminer ses études, les petits contrats arrachés dans des universités éparpillées sur le territoire américain…

           Carver semblait être un grand ourson un peu gauche et même maladroit, foncièrement gentil et sociable mais avec des périodes plus agressives, certaines lâchetés, des moments de jalousie, des réactions un peu infantiles, sans doute en rapport avec son alcoolisme croissant. Tout en connaissant son addiction tabac-alcool, je n'avais pas pris conscience à quel point ce combat contre l'alcool a véritablement été le combat de sa vie. Alcool chez son père, sa femme et sa fille, il y avait bien des causes sous jacentes, mais que je n'ai pas su extraire clairement de ce livre dense. Dans le même temps, une détermination farouche à devenir un écrivain, et un écrivain reconnu, malgré les échecs à répétition, une incapacité à produire un roman, détermination que je ne pensais pas non plus si absolue.

               Le fouillis des tentatives pour faire éditer une nouvelle dans les magazines littéraires US, celui des différentes éditions de différentes versions ou à différentes périodes est un peu difficile à suivre, quand de plus Carol Sklenicka aborde les fameuses "coupes sombres" imposées par celui qui fut son principal éditeur, Gordon Lish, devant lequel Carver parfois pliait, parfois se rebellait, pour s'incliner de nouveau, le désir d'être édité étant prioritaire.

             J'ai compris aussi pourquoi les dix dernières années de réussite, après l'arrêt de l'alcool et une reconnaissance croissant en flèche étaient pour lui "un régal" comme il disait, même avec l'échec sous jacent de sa première famille. Ces années sont aussi les années avec la poétesse Tess Gallagher, que Carol Sklenicka évoque avec peu de chaleur sans toutefois l'éreinter (plusieurs conflits comme souvent ambigus, ± feutrés, après le décès de l'écrivain en 1988 entre elle et sa "famille d'avant")

             Un "régal" qui s'est terminé à l'âge de 50 ans, l'alcool ayant préparé le terrain, c'est le tabac, puis la marijuana, sans doute vécus par Carver comme des adversaires secondaires, qui ont fini le boulot.






jeudi 24 décembre 2015

Chocolat de Noël

C'est un  extrait du film "Human" de Yann Arthus-Bertrand.

C'est un chocolat fin, une belle histoire.

Bonnes fêtes à vous.