Lac de Pradeilles (Pyrénées Orientales)

Bienvenue

Ce blog comme une promenade entre amis… On pourra donc lire ou écrire, admirer la nature, ramasser des cèpes ou des morilles , pêcher à la mouche, jouer au poker, parler médecine, littérature, actualité,ou même de tout et de rien comme le font des amis en fin d'une belle journée de randonnée...

lundi 31 décembre 2012

dimanche 23 décembre 2012

Corrida




               La lecture récente de "Mort dans l'après midi" de Hemingway m'a conduit à essayer de clarifier les sentiments qui m'habitent à propos de la corrida, emblème de l'Espagne si proche…
              Cette manifestation qui ne m'a jamais intéressé en tant que spectacle m'intrigue en revanche beaucoup comme sujet de réflexion…
              J'aimerais réussir à dépasser l'opposition aussi irréductible que basique entre les anti-corridas qui n'y voient que pratique barbare et cruauté envers les" toros", assimilant en gros les corridas aux jeux du cirque de l'époque romaine, et les aficionados subjugués par l'élégance des matadors qui dansent un ballet pour eux magique où la mort guette à chaque geste…

lundi 17 décembre 2012

A St Jacques, en attendant la fin du monde



                                                                                 **


Un badaud :

- C'est quoi cette histoire de fin du monde ? Même à Perpignan ?

Un homme réparant une fenêtre de sa maison rue de l'anguille:

- Oui moi j'y crois, c'est même sûr, le 21 sera la fin du monde…


                                                                                   **

C'est l'histoire d'une jeune femme de 20 ans qui n'a pas d'ordonnance pour son injection dans le cadre d'un protocole de FIV (fécondation in vitro)…

- Moi je sais pas lire, ni écrire, c'est ma belle mère qui l'a (l'ordonnance), parce qu'ils disent que je suis bonne à rien, ou peut être ma soeur…

Sa soeur l'infirmière la connait, c'est un sosie parfait, vraiment deux gouttes d'eau, à ceci près qu'elle est aussi fausse blonde que la première est brune…

- Marina ? C'est ta soeur jumelle, non ?

- Oui, oui

- Et elle sait lire, elle ?

- Euh, elle est allée à l'école et pas moi…

- Et pourquoi donc ?

- C'est une longue histoire, quand ma mère a eu ses deux bébés, elle en a donné un à sa belle-soeur qui ne pouvait pas en avoir…

- …Après, sa belle-soeur et son mari sont partis s'installer avec le bébé dans le Nord de la France… Au bout de quelques années, ils sont revenus… On ne nous avait rien dit, et quand j'ai eu 5 ans j'ai rencontré dans la classe une petite fille qui était comme si je me regardais dans une glace…

- On avait un peu peur et on n'arrêtait pas de se regarder, de se toucher… Quand je suis rentrée chez moi, j'ai eu de plus en plus peur, et je n'ai plus voulu retourner à l'école…

- Bien plus tard, après des années, on nous a dit qu'on était bien soeurs… Mais moi, je ne suis jamais allée à l'école…





dimanche 9 décembre 2012

Sans GPS…

Accès hypomaniaque en plein supermarché…

                    Deux mois, déjà que je ne joue plus au docteur… Certes le premier mois, pas grand chose n'avait changé, j'accompagnais celle qui avait accepté de me succéder, pour lui présenter des patients, leurs pathologies, et faire le co-pilote sur les circuits  informatiques… Ensuite quelques jours auprès de ma mère âgée encore plus têtue que vieille, dictateur de son petit monde solitaire et immuable à des centaines de kilomètres du mien, aussi décidée que Bachar el-Assad  à ne pas quitter la place… Enfin, les obligations administratives suite à une cessation d'activité ont réussi 2 bonnes semaines à me confiner dans des occupations fiscales et comptables propices à vous boucher l'horizon…

            Donc j'ouvre à peine un oeil sur mon nouvel environnement et la petite chanson qui l'accompagne: "puisque maintenant tu as le temps"… Et du coup je me trouve dans l'obligation de ne plus ignorer nombre de détails qui guettaient dans l'ombre… Les objets peuvent être tyranniques, chacun le sait, et leur opportunisme est redoutable:

- Ainsi ma fidèle cafetière va réclamer dans un nuage inattendu de fumerolles un détartrage urgent puis va en profiter pour démissionner lâchement… comme j'ai "le temps", je vais donc tenter de la démonter, et bien sûr irrémédiablement la bousiller…

- Ainsi ma porte basculante de garage depuis des années aussi consciencieuse qu'une horloge suisse va pour une raison inconnue rendre l'âme en une détonation unique laissant son mécanisme pendouiller comme un vulgaire hauban de voilier sur un océan déchainé… "Ma" réparation va tenir 48h, et un 2è claquement métallique sinistre va m'obliger à faire appel à un copain semi-pro  pour faire mieux… une demi journée d'efforts à deux, effectivement il a l'air d'avoir réussi, mais tous mes sens restent aux aguêts quand je sors ma voiture…

            Le bricolage, activité phare du retraité, demande des aptitudes  que le temps disponible ne vous dispense pas de posséder… Hélas, ce n'est pas mon truc, et ce jugement est définitif…

         C'est pas tout ça, mais frigo et congélateur se vident, "puisque j'ai le temps de cuisiner", et demandent à se remplir "puisque j'ai le temps d'aller faire les courses", soit, je m'exécute (mais non il ne s'agit pas d'un suicide…) avec l'aide de Mr Picard (le surgelé) quand l'ombre de ma mère et ma grand mère, dont toute la vie se structurait autour des repas, occupe trop d'espace… N'empêche, faut se coltiner Intermarché, qui a eu la bonne idée de multiplier sa surface par 3 et de changer tous ses rayons… Tant qu'à faire, je flâne, et repère nombre de produits devenus subitement séducteurs et pourtant absolument sans intérêt… L'endroit étant très proche de mon ancien territoire, je rencontre pas mal d'anciens patients, amusés de me trouver sans caducée protecteur dans un lieu de débauche pour consommateurs… Avant lorsque cela se produisait je faisais remarquer avec espièglerie "qu'un généraliste doit savoir tout faire", maintenant je glisse traitreusement que je profite de mon temps libre pour "faire plaisir à ma femme", comme si j'avais attendu la retraite pour faire les courses… Seulement maintenant au lieu de foncer avec des oeillères et une liste stricte des denrées nécessaires je reste 2 heures en dérive flottante entre les rayons, à des heures impensables pour un médecin en exercice, par exemple entre 9 et 11… Donc les rencontres sont bien plus fréquentes, souvent des couples rompus à l'exercice, qui ont tendance à insister sur cette liberté nouvelle qui doit selon eux me ravir en l'état, pensez, un petit déjeuner sans contrainte horaire et un choix serein dans ce magasin, "devenu magnifique, vous ne trouvez pas ?"…

            Donc résumons nous, lever 1/2h à 1h plus tardif, tentatives de bricolage aussi maladroites qu'avant, courses et préparation des repas avec un soin un peu supérieur à l'antériorité pour un résultat équivalent, car ma chérie fait partie des rares personnes qui ne "mangent" pas mais "s'alimentent", celles capables d'engloutir ce qu'on leur propose, brouet obscur ou plat de roi, avec un égal appétit, quoi d'autre, ah oui, promener la chienne, depuis des jours elle tourne en rond, et puis il faut marcher, faire de l'exercice est indispensable aux chiens en bonne santé et aux retraités actifs… Ça prend encore une bonne heure, peu agréable avec ce vent, un peu tendue parfois car la demoiselle est peureuse, et quand elle a peur, ben elle attaque les autres chiens, embrouille en vue avec les vieux retraités expérimentés, plus entrainés aux conflits insignifiants qui aident à passer le temps…

            Le temps, que j'ai maintenant (rappel) , donc, passe, et je me demande comment j'assumais à peu près la même chose avant, en plus de mon travail…mais je découvre aussi que le quai de la gare qui m'a vu descendre du train (cf parcours de santé) risque d'être plus long que prévu, on est déjà début Décembre…Mauvaise pioche, avec cette maudite tramontane et les premiers froids,  les champignons ne trouvent plus d'urgence à se développer,  les dorades ont depuis longtemps quitté les étangs pour la pleine mer,  la pêche à la truite est fermée, autant de sorties nature en moins,  d'autre part  ma compagne aussi bien que mes potes, eux, travaillent encore pour la plupart, les malheureux, ce qui limite singulièrement la possibilité de voyages en couple aussi bien qu'en groupe… Restent heureusement la lecture (je me retape en ce moment tout Hemingway en papier bible dans la Pleiade, cadeau touchant d'un de mes patients), les jeux d'écriture ainsi ce petit billet comme un modeste entrainement, le Mac et ses multiples possibles, depuis les journaux, la musique, les videos, jusqu'à la photo, la correspondance par mails ou le jeu de poker… Bizarrement, ce dernier, responsable auparavant de quelques couchers tardifs en exutoire sans doute à trop de tension nerveuse dans mes journées, devient presque fade alors même que durant mes premiers jours de liberté il m'a procuré un premier gain à 4 chiffres, sans stimuler pour autant un désir d'insister, avec "tout ce temps que j'ai maintenant"…Les enfants sont ravis car, promesse intangible, mes gains de poker sont pour eux, wow, disent-ils les yeux brillants, rien qu'une fois par mois ce serait super, "maintenant que…" Maintenant que quoi ? Ah, oui…Bref, je sens quant à moi en quelque sorte l'absence de repères autres qu'à portée de main… où est mon GPS ?

              Normal m'a dit mon ami François, c'est pareil pour tout le monde au début… Ok, pas de souci… Après avoir appris à travailler, il faut apprendre à ne plus travailler, c'est vrai même si ça surprend… Evitons le piège sournois de la culpabilité qui pourrait nous habiller en coursier-cuisinier-bricoleur-baby sitter au prétexte qu'on n'a aux yeux des autres "rien de mieux à faire"… Un travail reconnu et officiel présente on l'oublie un bénéfice secondaire, celui de vous dispenser de nombreuses contraintes subalternes qui n'oublient pas de surgir au premier rang quand le sacro-saint travail s'efface… Le joyeux désordre de mon bureau est plus difficile à justifier en l'absence d'impératifs professionnels, hélas la perspective de le ranger enfin de fond en comble n'est pas plus excitante qu'avant…

            J'avoue avoir dans mon enfance passé bien plus de temps dans ma chambre que ne l'exigeaient mes devoirs scolaires, juste pour qu'on m'y fiche une paix royale… De cette époque date sans doute mon goût pour les activités solitaires que sont la lecture et l'écriture… Mais je suis à l'âge où la sédentarité présente des dangers, et où ces activités pour être prises en compte et respectées doivent s'intégrer dans un projet … Ecrire un livre serait une option parfaitement défendable, griffonner des billets sur un blog, hum… n'est qu'un loisir qui "n'apporte rien", en tout cas pas une défense suffisante contre les sollicitations courantes… Pas si évident de "glander"égoïstement quand on n'a pas eu d'aptitude à être cancre… Si Daniel Pennac m'inquiète- "Pour la retraite, la plume est moins utile que la tondeuse à gazon " (La fée carabine)- Goethe est un peu plus encourageant " Le talent se développe dans la retraite"ose-t-il, même s'il ajoute "et le caractère se forge dans le tumulte du monde "…

            Je viens de rater le Moscato"one man chaud"  en m'y prenant trop tard (une ex-brute redoutée du rugby devenue acteur de théâtre et pris au sérieux dans ce rôle devait valoir le déplacement…) Vais je réussir tout de même à voir cette expo photos de A.Kertész (hongrois pour moi inconnu mais que Cartier Bresson considérait comme son maitre) à Bram, 120 petits kms d'ici, avant la fin du mois, ouverture du mercredi au samedi, projet remis à plus tard depuis 3 semaines, même en travaillant, allez,  tu pourras venir avec moi, disais-je à ma femme, puisqu'il suffit d'une demi- journée, oui oui aucun problème mais mercredi j'ai ceci, jeudi  faut que je, et vendredi pour un peu j'oubliais… Tyrannie encore des tâches annexes, le dentiste, le garagiste, le rendez vous avec x ou y, c'est pas grave on reporte, moi de toute façon "maintenant j'ai bien le temps"…

          Il faut que je me méfie réellement pour l'expo, Noël approche, cette année pas d'excuses, pas question d'attendre le dernier jour, hein, tiens faudra que je pense au caddie si on me demande de suggérer une idée de cadeau … Commerce florissant, la vente de caddies, même en ces temps de crise il reste l'équipement de base de la ménagère, ce caddie, oui, aussi indispensable à celle ci que le maillot moulant sponsorisé peut l'être au cyclo touriste estival… Incroyable cette variété de caddies, en dimensions, qualités et couleurs de tissus, diamètres de roues, types de poignées, faudrait que je me renseigne en détail, puisque j'ai tout mon temps, doit bien exister un modèle intégrant un GPS…

La Rolls du caddie, sans doute…




mardi 4 décembre 2012

U) Menu Uranien



Asperges

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Pédale de fruits de mer

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Giton de veau au jus de glands

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Tarte à l'envers

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Crème de bananes

jeudi 29 novembre 2012

Vendée Globe


19eme jour de course - Mercredi 28 novembre par VendeeGlobeTV



              C'est la grande aventure du moment, qui partage en gros le public en 2 camps, ceux qui "rêvent" dans  le sillage de bateaux qui représentent à leurs yeux la liberté totale en réalisant le tour du monde à la voile, et ceux qui critiquent la débauche de matériels "high tech", les flots d'argent, les hommes sandwichs qui baladent leurs publicités sur toutes les mers du globe… Que vous soyez dans l'un ou l'autre camp, vous pouvez vous faire une idée des deux faces de ce qui reste une aventure extrême sur le site ma foi fort bien fait qui lui est consacré …

            Vous pourrez voir la position des concurrents à tout moment, vous gaver d'images de voiles, de videos, suivre une vacation quotidienne en direct de 12h30 à 13h avec les marins, écouter la verve très bretonne de Jean Le Cam ( exemple : choissez la communication du 22 nov à 00h7), vous initier à la meteo et la regate en essayant de comprendre les subtilités des vents qui "adonnent" , du "pot au noir" et des "dorsales"… Non, non, cela ne veut pas dire que j'envisage, maintenant que j'ai quitté le manège professionnel, de tenter de faire un peu mieux que le skipper de Majorquine  …  Non, ce voilier symbole de liberté reste pour moi un espace hérissé d'obstacles sur quelques mètres carrés, cerné par les vagues, le soleil, la pluie et les vents, sur lequel on passe son temps en équilibre instable à tirer sur des cordes et trimballer du matériel ou réparer quelquechose, le tout en manque de sommeil permanent… Un bateau pour moi n'a vraiment d'intérêt qu'en tant qu'outil de pêche multipliant les chances de prendre un beau poisson… Du coup pour cela autant se débarrasser de ses voiles et de leur écheveau de drisses… Ok, je sors…

                Mais je me surprends à consulter ce site chaque jour, et à prendre plaisir à suivre l'évolution de ces équilibristes, capables de réparer une déchirure de la coque de 1m20 pendant 2h la tête en bas comme Vincent Riou ou de grimper à 2 reprises en haut d'un mât de 30m en plein océan comme Bernard Stamm, capables de répondre sereinement que "tout va bien à bord, après 36h d'éveil j'ai réussi à dormir un peu par tranches de 10 mn" comme je sais plus qui…

             Certes, l'histoire s'apparente à la traversée de l'Himalaya en empruntant seulement des pistes au volant d'une Ferrari… Déjà 7/20 de ces pilotes de haute voltige ont dû ramener leur bolide au port, quant le premier quart de la course n'a pas été atteint, parfois sans gouvernail (safran dit le marin) ou même sans mât… Beaucoup de spectateurs du camp des rêveurs se lamentent sur leurs héros malchanceux…Et nombre de spectateurs du camp des critiques se frottent déjà sadiquement les mains à l'idée de ce que feront subir les effrayantes mers du Sud à ces sprinters fragiles engagés dans un marathon… 

              En fait cela ne me concerne pas d'être dans un camp ou dans l'autre, être spectateur de cette course me convient, intéressé par les tactiques et les façons d'apprivoiser le vent, fasciné par les performances humaines ou sportives, et l'enfant que je reste n'a pas plus besoin de rêver d'être près de Gough Island  sur un bijou suréquipé en carbone qu'il n'avait besoin de prendre la place de l'acrobate quand il allait au cirque il y a quelques longues années, ou celle de Patrick Edlinger , récemment décédé dans… son lit, que vous pouvez revoir sur cette video hallucinante … Je regarde, c'est beau et plein de suspens, et suffisant pour me donner envie d'en faire ce petit billet…

                  
              

dimanche 21 octobre 2012

Cours moins vite Charlie




                Envie ce jour de vous présenter une nouvelle, ce que je n'avais pas fait depuis quelques mois… Bizarrement c'est la violente polémique récente née d'un dessin jugé blasphématoire sur Charlie Hebdo par certains musulmans qui m'a rappelé ce texte… Cette polémique donne à réfléchir une fois de plus sur la difficulté de communication entre "arabes" et "occidentaux"… Passée la première réaction de rejet face à ce qui ressemble furieusement au premier regard à une atteinte de talibans religieux à notre liberté  dans l'humour, on s'aperçoit qu'il s'agit surtout d'une différence fondamentale dans la place donnée à l'image dans les deux cultures … Cet article l'explique assez bien … La cohabitation, qu'elle soit souhaitée, admise ou déplorée entre ces deux cultures est un fait… 5 à 6 millions de personnes seraient d'origine arabe en France, et parmi elles 3,5 millions possèdent la nationalité française… Les deux attitudes extrêmes seraient l'assimilation totale d'un côté et le repli communautaire de l'autre… Entre les deux, on navigue comme on peut, l'écueil de l'assimilation parfois vécue comme une défaite étant la perte d'identité, celui du repli communautaire crispé sur une religion rigoriste étant "l'étrangéité", terreau des affrontements et du racisme… Lorsqu'un comportement se manifeste dans un espace privé, peu de risques de conflits… Dans l'espace public la chose est bien différente,  l'image elle se répand comme un éclair à travers le monde entier, et les réactions à cette image aussi…
               Pour en revenir à Kamel, ma petite nouvelle, elle n'a rien de très ambitieux, mais cherche à exprimer les malentendus qui parfois depuis l'enfance, biaisent et faussent les rapports entre Européens et Maghrébins… Ou quand le sentiment mal exprimé ou bien méprisé conduit au dépit, lequel peut nourrir jusqu'à la délinquance…

samedi 13 octobre 2012

Le Caravage


              Comme un symbole de "renaissance" pour le premier jour de semaine où je ne me rends plus sur mon lieu de travail, j'ai visité l'exposition du musée Fabre à Montpellier sur  Le Caravage et le Caravagisme (quel mot horrible) que beaucoup considèrent comme une péridode charnière pour la peinture autour des années 1600… Je n'ai pas vu l'exposition jumelle de Toulouse…
            


David et Le Caravage en Goliath


                    Profiter pleinement de cette peinture, en comprendre les ascendances et les filiations, exige des connaissances en Histoire de l'Art que je suis loin de posséder… Se replonger dans une époque lointaine est difficile car notre oeil n'est pas neuf devant ces tableaux, il a depuis longtemps intégré nombre de procédés qui ont rendu courant ce qui à l'époque ne s'était jamais vu…Mais en faisant l'effort de se replacer dans le contexte, le visiteur comprend alors le choc provoqué par ce peintre pourtant sans école qui, après avoir assimilé les préceptes des grands peintres de la Renaissance comme Michel Ange ou Leonard de Vinci (perspectives, rigueur des proportions et de l'anatomie du corps humain, décors paysagistes, etc…) conserve certes la plupart du temps des thèmes religieux habituels au Moyen Age, mais attire le spectateur vers les représentations humaines plus que vers les images divines en insistant sur le réalisme des scènes et le naturel des expressions, lesquels sont comme éclairés par un puissant projecteur…

La crucifixion de St Pierre


                      Le spectateur se soumet à cette lumière, il se retrouve invité au coeur même du tableau à directement participer… Le Caravage, sans être l'initiateur du clair obscur, titre qui pourrait revenir à Leonard de Vinci, a utilisé cette technique à son maximum, et celle ci lui restera associée, même si elle deviendra très utilisée (ex: Rembrandt)… Sa façon magistrale de jouer avec les ombres et la lumière, les expressions "vraies" des personnages sans le caractère figé et pompeux qu'on leur donnait souvent auparavant offraient aux scènes représentées une densité et une réalité très impressionnantes à l'époque…  Le Caravage avait il y a quatre siècles un oeil de photographe, un oeil d'homme de théâtre et de cinéaste…

Le martyr de St Matthieu


Le sacrifice d'Isaac


                       Cet article  sur un site de photographie l'illustre assez bien.

lundi 24 septembre 2012

Parcours de santé




                        Avec ce mois de Septembre se termine mon parcours professionnel… J'ai mal dormi durant tout ce mois… Trop d'images  se bousculent… Je me sens comme un voyageur qui descend d'un train  au retour d'un long périple, le corps courbaturé, la tête encore pleine de scènes confuses qui occupaient sa somnolence… 

                    Une aube pâle pointe derrière une brume d'automne, il vérifie son bagage, tout est en ordre, mais s'aperçoit qu'il est sur un quai inconnu, désert… Un instant désorienté, il se met en marche résolument en tirant sa valise à roulettes, il n'a pas d'obligation, il a du temps devant lui… On verra bien…Le quai est interminable, il cherche en vain l'indication du lieu où il se trouve, et ne trouve pas de pancarte… Il entend une voix de cheminot "Retraite, Retraite, cinq minutes d'arrêt"… Il rit un peu jaune, en regardant vaguement nostalgique le train déjà s'ébranler et continuer sa route… Puis lui reprend sa marche, le nez en l'air, amusé, plutôt curieux de cette aventure, mais pas inquiet…

vendredi 14 septembre 2012

Visa 2012




                         Le festival Visa rencontre un succès croissant et a certainement de beaux jours devant lui: le monde n'est pas prêt d'en finir avec les guerres ni de cesser d'inventer de nouvelles formes de barbarie…
                Cette année comme chaque fois certaines expositions  remarquables vous soutireront plutôt des larmes que des sourires… J'ai été partculièrement touché par :

Au couvent des Minimes:

- le reportage sur les mariages d'enfants ( Stéphanie Sinclair), trocs sordides allant jusqu'à la pedophilie institutionnalisée…

40 ans et 11 ans



- celui sur les hommes des marais (Nik Wheeler) que saddam Hussein a voulu éliminer en asséchant leur territoire… 

Sol en roseaux, comme sur le lac Titicaca au Pérou


- les photos du World press sur les rhinoceros amputés de leur corne dans l'espoir de leur sauver la vie puisque cet appendice en fait la cible des trafiquants… 

A la chapelle du Tiers-Ordre:

- Le ghetto organisé dans une chocolaterie désaffectée au Brésil, par Sebastien Liste 

Au couvent Sainte Claire :

                Dans mes favoris également, pour souffler un peu, le reportage sur les Saami éleveurs de rennes dans les régions arctiques (Erika Larsen)

               Beaucoup d'autres séries sont de qualité, et il est réconfortant d'entendre moins de critiques et de voir toujours plus de gens ouvrir leurs yeux sur le monde à travers l'objectif d'éclaireurs téméraires et talentueux…

mercredi 12 septembre 2012

Saint Jacques



               Ces 2 reportages audio, qui prendront au total une petite heure de votre temps précieux, sont aussi édifiants que nombre de reportages photographiques de Visa pour l'image (sans doute objet d'un prochain billet)… Au delà des provocations évidentes (de la part des enfants surtout) certains témoignages sont poignants de vérité, et nous renvoient à un sentiment d'impuissance révoltée devant le sort d'une communauté prisonnière de carcans archaïques qui chante et danse un désespoir "gai" jusqu'aux heures avancées de ses nuits…



dimanche 12 août 2012

Olympe




                         L'Olympe est une montagne du Nord de la Grèce, qui ne fait après tout que 134m de plus que le Canigou… C'est aussi le séjour des Dieux de la mythologie grecque, et les Jeux olympiques sont bien le domaine des Dieux du sport…

                       Durant 15 jours on peut assister à des épreuves qui ne sont quasiment jamais mises sur le devant de la scène, comme le badminton, le tae kwon do, la lutte greco romaine, le plongeon, le BMX, le beach volley, le "pentathlon moderne" etc… Certains sports fort connus et très populaires, pour des raisons obscures dont ne fait plus partie depuis longtemps l'exigence d'amateurisme, ne sont pas des sports "olympiques", on peut citer le rugby, le sport automobile, l'escalade, le cricket, le polo, le base ball…

                      Durant 15 jours c'est une cascade de joies, de peines, d'anecdotes, montées en épingle par une meute de reporters de tous les pays… On tremble quand l'archer bande la dernière flèche qui exige un 10 pour le faire gagner, on essaye de comprendre pourquoi le monsieur en jaune mène 3-0 alors que le monsieur en vert semble l'avoir ligoté et retourné comme une crêpe, on se désole devant le drapeau rouge annulant un saut superbe, on n'en revient pas de voir un type de 1,96m (Usain Bolt) devancer sans effort apparent une meute de lévriers, on constate qu'une médaille de bronze peut ravir un athlète en larmes et en dégoûter un autre en pleurs, on est chauvins (n'est ce pas messieurs les journalistes), révoltés, admiratifs, émus, incrédules…

                    L'épisode Londres 2012 était plutôt réussi, bien organisé, dans l'ensemble bien filmé… Les  champions étaient de haute qualité humaine, dignes, humbles, respectueux de l'adversaire, à des années lumière de ce que nous infligent les "vedettes" du planétaire football professionnel…Vu de France, on a pû vérifier que l'athlétisme n'est toujours pas une spécialité maison, même si les reporters (Ah! Nelson, c'est pas mon fort…) insistaient pour tendre… la perche (cocorico), nous c'est plutôt natation, judo, escrime, équitation, cyclisme sur piste, mais entre ces spécialités, c'est le principe des vases communiquants, cette année, mention bien pour les 2 premiers, échec cuisant pour les autres…

                 Quelques extra-terrestres collectionnent les médailles, soit la même année dans différentes épreuves, soit dans la même épreuve à 4, 8 et parfois 12 ans de distance… Le nageur Michael Phelps écrase la concurrence avec 22 breloques… 10 ans à nager 6h par jour…Plus faciles à ranger que des coupes, m'enfin gageons que des coupes, il doit en avoir rempli une pièce de sa maison… Et s'il veut un jour les revendre, ces médailles, il faut savoir qu'une médaille d'or ne contient que 1,35% d'or, et certes 98,65% de renommée…

                  Il se consolera sans doute en pensant que les médailles militaires, elles, s'obtenaient volontiers en échange d'un bras ou d'une jambe… Le Sud Africain Oscar Pistorius, lui, ne les a plus ses 2 jambes, il n'a pas non plus gagné de médaille en courant sur 2 lattes en carbone, mais le spectacle d' un homme amputé disputant 2 épreuves reines des Jeux Olympiques "valides"(400m, 4* 400) est sans doute l'image la plus extraordinaire qui restera de Londres 2012…




dimanche 29 juillet 2012

Avignon 2012

Quelle que soit l'heure, quel que soit le lieu…



                Notre semaine de théâtre en Avignon, maintenant une vraie tradition,  vient de se terminer… Inflation de spectacles "off", 1191 cette année… Nous n'en avons vu hélas que 987… Plaisanterie bien sûr…Les prix augmentent et le nombre de propositions aussi, paradoxe sur lequel les responsables du off  devront se pencher sous peine de le voir s'étouffer sous le poids de son succès… Bien entendu les choix, toujours difficiles, donnent des résultats inégaux… Il n'est pas inutile cependant de pointer quelques réussites, car les bons spectacles se ré-invitent parfois d'une année sur l'autre, et même si vous lisez ce blog quand la fête est finie, cela peut vous servir pour une prochaine visite, ou pour retrouver la pièce en d'autre lieux…

            J'ai particulièrement aimé:

- L'apprentie sage femme: une actrice parfaite, un décor simple mais très suggestif semblant issu d'un tableau de Vermeer  , un texte "rustique" et très riche évoquant l'Angleterre du Moyen Age, renvoyant pour moi des échos du Céline du "Voyage" et du Cormac Mac Carthy de "Sutree"…

- Invisibles : Pièce réussie sur le quotidien des travailleurs immigrés de l'ancienne génération, devenus "chibanis" (les vieux) vivant dans l'ombre une retraite pauvre et silencieuse dans un quelconque foyer dans le pays qui les a fait travailler toute une vie et ne les voit même plus…

- Hitch  rencontre jubilatoire par des acteurs "sosies"entre Hitchcock et Truffaut, reconstituée par le critique de cinéma Alain Riou en un prélude au véritable entretien entre ces deux célèbres cinéastes…

            Ces trois spectacles m'ont semblé combler à la fois le désir d'entendre un texte de qualité et de le "voir" théâtralisé…

         D'autres spectacles, plus nombreux, offrent le plaisir d'un texte OU d'une mise en scène…

          Je pourrais citer:

- La faute d'orthographe est ma langue maternelle : très joli texte autobiographique bien construit qui ne trouve pas néanmoins Picouly acteur au très bon niveau de Picouly auteur

- Sarah et le cri de la langouste : Une mise en scène intéressante, de bons acteurs, mais on n'apprend pas grand chose sur Sarah Bernhardt…

          Même chose avec:


         Res publica, cherchant à fouiller un peu la notion de "nation" ne manquait pas d'intérêt, bien qu'un peu "scolaire"


              Enfin Avignon "off" permet parfois de voir des musiciens exceptionnels pour un prix modique, ainsi Pascal Amoyel élève virtuose de Cziffra dans Le pianiste aux 50 doigts , ou Didier Riey violoniste ayant joué avec Stephane Grapelli ou Didier Lockwood dans Le violon dingue fait son cinéma 

            Quant au festival "in", un top et un flop pour moi:

- Un ennemi du peuple  d'Ostermeyer: belle interprétation d'une pièce connue d'Ibsen, avec des trouvailles remarquables de mise en scène, dont le fait de faire intervenir des spectateurs de manière très naturelle quand la salle devient de fait une salle de réunion politique… Superbe

- La mouette, d'après Tchekov …que je n'ai pas vu, vaincu par les critiques, l'heure tardive et les 4h promises… Nous devions être 6, 5 ont affronté l'obstacle, sans pouvoir revendre ma place, 3 ont jeté l'éponge à l'entr'acte, 2 ont tenu jusqu'au bout, un des deux avouant avoir bouclé son parcours grâce à quelques sommes en pointillé…

          Amis du festival, un souhait pour l'an prochain, nous laisser… euh… respirer ?






samedi 14 juillet 2012

Fishing (Phishing)


             Fishing en anglais se traduit par pêche (quel sens de la transition avec le précédent billet !…) On peut l'écrire aussi Phishing (traduit par hameçonnage, mélange de fishing et de phreaking qui veut dire piratage des lignes téléphoniques) sans faire de faute d'orthographe…

                 L'été est la saison du fishing comme elle l'est pour la pêche: c'est la saison ou fleurissent les faux mails cherchant à ratisser vos coordonnées surtout bancaires sous prétexte de mettre à jour un dossier ou réparer un débit erroné… L'internaute "hameçonné" en cliquant étourdîment sur le lien proposé se retrouve sur un faux site avec les conséquences que vous imaginez… Voici quelques exemples:







                          Mais dans ces messages pirates, les fautes d'orthographe, justement, sont légion… Après avoir exercé sa poigne de fer sur des générations d'écoliers, la dictée est tombée en disgrâce au point que respecter l'orthographe devient presque une lubie d'obsessionnel sans intérêt… Il me semble pourtant que recevoir d'un professionnel quel qu'il soit une lettre où l'orthographe est piétinée n'instaure pas d'emblée une relation de confiance… Si vous avez le moindre doute téléphonez à votre banque ou à l'EDF ou quiconque vous sollicite, mais réservez cette précaution aux messages possiblement pirates qui par exception seraient écrits correctement… Pour 99,5% d'entre eux, il suffira de mettre à jour le piètre niveau de l'aiglefin qui cherche à vous piéger en repérant  les fautes d'orthographe et de français dont il s'entête à saupoudrer ses messages bidons, comme vous pouvez le voir dans les exemples ci-dessus…
                     PS: dans les messages affichés les fautes j'espère ne sont pas difficiles à trouver, mais saurez vous dénicher celle qui s'est glissée malicieusement dans mon propre texte ?


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samedi 30 juin 2012

Pêcheur

          C'est maintenant qu'il faut aller pêcher dans les lacs du Carlit, mais bien sûr évidemment orages et pluie sont annoncés pour demain…

           En attendant, voici le cours d'un professeur émérite, que je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager… A regarder en plein écran… 


vendredi 22 juin 2012

Tweets and Bac


              Certains l'ont préparé et révisé récemment, beaucoup le passent actuellement, certains vont le décrocher, d'autres vont le rater, échoueront et resteront collés, devant le repasser… On peut en faire des choses avec un bac, les verbes ne manquent pas… Et le mot bac suggère aussi la traversée: prendre le bac… Quant à ce qu'on trouve de l'autre côté, sur l'autre rive…

               Quelques uns essayent même de le voler … Ce n'est pas d'aujourd'hui, et je vous renvoye à cette nouvelle que j'avais publiée sur le blog en Juin 2010 dans ce billet

            Les tweets vont papillonner dès l'annonce des résultats, papillons noirs ou multicolores pour annoncer l'échec ou le succès… Ah! ces tweets que des personnages de haut rang contribuent à immortaliser, comme Mme Tweetweiler, arf j'ai dû écorcher le nom… Même Bernard Pivot est devenu friand de ces post-it internet, lui qui se désolait plutôt devant le langage SMS des textos… Il rapporte un échange, une réponse à bac +20, 20 ans étant le nombre d'années à prévoir avant de postuler…
 «Donnez-moi un mot qui pour vous, est un mot savant, demanda le professeur. 
- Illettré, répondit l’élève.»
 Vous pouvez consulter l'éditorial de Libération à ce sujet…


dimanche 17 juin 2012

Danse avec le diable





                       Lecture sympa pour la fête des pères, même si le livre n'est pas de haute littérature, on se replonge agréablement dans ce bouillonnement rock des années 60-70…

                       Et si vous n'êtes pas convaincus que les "pères" ont toujours la pêche, cette video pour une musique qui déménage encore… Chuck Berry, Keith Richards et Eric Clapton ensemble et en pleine forme, pourtant pas élevés à l'eau de source à l'époque… Chuck (maintenant 85 ans je crois) et ses héritiers, maitre aussi en cabotinage…Excusez quelques accrocs dans la bande son…




dimanche 10 juin 2012

Polars

         
                  Je n'avais pas lu de "polars" depuis longtemps… J'ai comblé un peu de mon retard ces dernières semaines avec deux livres à la marge du genre, mais plutôt forts de café …


    
                        Le premier mêle l'Histoire américaine (les 3 ans précédant l'assassinat de JF Kennedy) à des intrigues particulièrement tortueuses entre les hauts responsables politiques de l'époque, le FBI, la CIA, la Mafia, les anticommunistes, le Cuba de Castro et des anticastristes, dans une saga de 800 pages où je me suis perdu de nombreuses fois, peu habitué aux manipulations inextricables parfois inventées, parfois vraies, sans qu'il soit possible de démêler le vrai du faux, que James Ellroy (qui devrait se nommer Hellroy) tricote obsessionnellement (4 ans pour imaginer cette oeuvre, allongé dans l'obscurité et le silence, c'est ainsi qu'il travaille…) 

                     Le succès du livre tient à ce qu'il piétine le mythe qu'est devenu JF Kennedy et à travers lui l'image d'Epinal de la glorieuse Amérique, en prétendant mettre à jour les multiples complots, luttes de pouvoir, imbroglios criminels sous jacents à cette période… Tout le monde il est pas beau, et personne n'est gentil…



                           Je n'ai guère pû reprendre mon souffle avec le second livre, du Français Marc Dugain, lequel débute le même jour que… l'assassinat de JK Kennedy, mais le propos est ici de se mettre "à la place" d'un serial killer, Al Keener, 2,2 m pour 130 kilos, en apparence plutôt débonnaire, et de QI supérieur à celui d'Einstein…La démarche est originale et intrigante… L'individu a hélas existé pour de vrai, son vrai nom étant Ed Kemper, et cette video montre qu'il n'est pas réticent à évoquer son parcours, avec un calme digne de qui transmettrait une recette de cuisine… 

                    Le livre est très réussi, subtilement construit, et évoque en filigrane la période hippie qui a failli bouleverser l'Amérique alors en guerre au Vietnam… L'auteur nous épargne la plupart des crimes, pas question d'être voyeur, et peut-être de ce fait réussit à faire naitre une certaine empathie chez le lecteur, pour ce géant et ses efforts désespérés pour redresser une vie tordue, manipuler la réalité dans le but d'y trouver une place, mais si ce dernier en était amené à trouver  quelques excuses au monstre qui aurait inspiré en partie le personnage d'Hannibal Lecter, le compte rendu non romancé de ses crimes le ferait sans doute changer d'avis…


dimanche 3 juin 2012

Demi molle



          L'oeil rivé sur la montre on avait…

         Tendus par l'enjeu, joueurs et spectateurs, mais elles n'étaient pas franchement excitantes ces demi finales de rugby du Top 14…

          66 points de coups de pied en tout, c'était pas le pied…

          Question luttes au sol, rucks et prouesses défensives, certes, le compte est bon, mais le spectacle n'était pas au rendez vous de matchs âpres, corps à corps, comme sont souvent hélas les demi finales… 

            Toulouse n'a jamais été tout à fait en danger, sauf une fois sur un essai miraculeusement évité par la défense  d'un Vincent Clerc qui fait tout à la perfection, même la lutte Gréco-Romaine, Toulouse n'a jamais  été vraiment déstabilisé, ni vraiment dominant d'ailleurs, mais a géré en patron sobre et sérieux… 

          Clermont a joué une bonne partie du temps à l'envers, s'entêtant à attaquer sans cesse avec une savonnette sous une pluie battante, en perdant les ballons et comme par le passé souvent sa lucidité… Un exemple et un seul, quand à quelques minutes de la fin, égalité à la marque, au lieu d'écouter le conseil évident de Vern Cotter de dégager sous le déluge le plus loin possible un renvoi aux 22m, un joueur choisit de taper une pichenette pour lui même, et se fait bloquer 2m plus loin en concédant une pénalité que maître Wilkinson a bien sûr réussie…

Ce sera donc Toulouse-Toulon, quelques points c'est TOU…

Addendum du 9/6 pour la finale: bis repetita, 30 points, pas un essai… Sans notre respect pour le travail acharné des avants, ce serait désolant… Et ce rugby des années 60 ne mérite pas un billet… Pendant ce temps, les Blacks mettent 40 points à l'Irlande composée des 2 équipes qui s'étaient retrouvées en finale de coupe d'Europe des clubs…

dimanche 27 mai 2012

Tirs de barrages


                  On voit mal comment Castres pourra inquiéter un Stade Toulousain reposé, ni comment Toulon pourra enrayer le rouleau compresseur Clermontois après avoir assisté aux barrages...

                Montpellier était manifestement perturbé par l'absence de 2 ou 3 joueurs clés, et a bégayé un rugby plutôt brouillon qui a dû désoler Galthié, en face Castres était sérieux et concentré, ce qui s'est révélé ennuyeusement suffisant, que de pénalités !… Le Racing s'est montré très séduisant en 1è mi temps, un bel essai, une défense irréprochable et agressive, ensuite, sans doute rassurés à tort par cette capacité à étouffer les attaques de Toulon, ils ont joué petit bras, et fini par être débordés… Et puis il faudra qu'on m'explique pourquoi on fait buter un joueur qui vient de rentrer, même nommé Wisnieski, quand Hernandez (ex-magicien d'ailleurs) a raté pour qqs cms une pénalité presqu'au même endroit 5 mn avant, et pouvait donc à priori régler sa mire aisément…

          J'espère que les deux grandes équipes de notre championnat vont une fois encore se retrouver en finale, et montrer aux autres le chemin qu'il reste à parcourir… Mais bien sûr, sur un match tout est possible…

           Toulouse se troue parfois brusquement sans qu'on sache bien pourquoi, Clermont déraille aussi de temps en temps quand on lui résiste assez longtemps… M'enfin la fraicheur à ce stade de compétition alliée à la maturité de ces équipes ne devraient pas nous priver du spectacle attendu…

          Pour l'USAP en reconstruction ce sera pour plus tard… (3 ans ?)


lundi 21 mai 2012

T) Menu Triste


Soupe à la grimace

*

Poêlée d'abattus

*

Tête de veau aux pleurottes

*

Beignets de larmes




           

mardi 15 mai 2012

Miroirs

               Deux lectures récentes en miroir m'ont laissé à 157 ans de distance un peu sur ma faim… 


Walden ou La vie dans les bois
de Henry David Thoreau écrit en 1854 
Dans les forêts de Sibérie
de Sylvain Tesson écrit en 2011

                

               Le choix de ces lectures ne relève pas pour moi d'une quête spirituelle intense, pas même du fantasme un peu naïf d'un retour à la nature, mais quand même probablement d'une attirance pour une vie plus simple et surtout moins urbaine maintenant que se profile assez concrètement le projet d'un retrait de mon parcours professionnel… J'ai depuis longtemps perçu les bienfaits d'une remise en question par la nature de nos vies citadines, de leurs décors de carton, leurs comptes d'apothicaire et leur carrousel de lumières… 

            Combien de fois me suis-je allégé de la tension de mon métier,"ressourcé", selon l'expression à la mode, dans la cueillette des champignons ou la pêche à la mouche, et plus généralement combien de fois me suis je vu remettre à ma minuscule place par la contemplation d'un phénomène naturel, même relativement banal ?… 

            La brume qui monte et s'étend avec le froid sur un lac d'altitude, le baiser sonore du gobage d'une truite, l'orage qui éclate sur l'arête granitique qu'on vient de quitter, la mer qui gronde et mord une falaise déchiquetée, ou soulève et secoue sur son dos monstrueux une coque de voilier, le vent qui vous râpe le visage, vous force à baisser la tête sur la lande, à marcher comme un automate dans les trilles des alouettes ou transforme la forêt en chevelure ébouriffée qu'il épouille bruyamment, le soleil qui vous abrutit methodiquement quand il n'y a plus la moindre ombre de pin à crochet… 

              Pas besoin d'aller en Sibérie ou dans le Massachussets se nourrir d'oignons sauvages pour comprendre que la vie dite civilisée n'est qu'un manège sur lequel nous sommes emportés en perdant la mémoire de ce qui fait de nous de simples êtres vivants, ni plus ni moins importants que le rouge-gorge ou la marmotte… Pas besoin, non, d'être un anarchiste résolu ou un écologiste stalinien pour comprendre que sorti des villes, l'homme moderne n'est plus qu'un albatros au sol plus ou moins maladroit… La nature vous tend un miroir dans lequel votre reflet ne possède aucun maquillage, aucune tenue de gala, et bizarrement la vie n'a plus besoin de justificatif, se moque des analyses et des constructions mentales, elle se contente d'être…

              Pour revenir à ces deux livres, il est tout de même paradoxal que, aussi bien pour Thoreau que pour Tesson, ces expériences de vie solitaire, au plus près des besoins élémentaires, au bord de lacs aux hivers particulièrement rudes, aient besoin d'être communiquées aux communautés auxquelles ils prétendent tous deux vouloir échapper… Thoreau ne faisait pas mystère de ses désirs révolutionnaires (cf un autre de ses livres intitulé "La désobéissance civile"), Sylvain Tesson lui avoue plutôt faire de ce "voyage immobile"une thérapie personnelle, ce qui ne l'empêche pas d'écrire un livre, de s'auto-filmer, puis donner des interviews…

            Les deux ont des prétentions culturelles et philosophiques qu'on retrouve dans la plupart des oeuvres de littérature dites de "nature writing" , comme au cinéma (Into the wild de Sean Penn )… C'est plus sur le plan émotionnel que je trouve la nature importante, pour rééquilibrer nos sensations, et comme je le disais au début de ce billet, les développements en recherche d'une spiritualité laissent un peu sur la faim, normal quand on a quelques poissons, herbes et farines de gruau pour s'alimenter, mais au moins pas sur la soif, à voir la quantité de vodka qu'on peut ingurgiter sur les bords du lac Baïkal…

            De Thoreau vous n'aurez "que" le livre, disponible gratuitement en format PDF, mais le film qu'a rapporté Tesson de son ermitage contient des images superbes, qu'on peut se contenter de contempler, sans avoir forcément besoin de commentaires littéraires, même si certains sont fort réussis…


"La virginité du temps est un trésor. Le défilé des heures est plus trépidant que l'abattage des kilomètres. L'oeil ne se lasse jamais d'un spectacle de splendeur" S. Tesson

NB: je m'aperçois longtemps après cet article que la video proposée ci-dessous est parasitée par une pub de 3 mn pour le Vietnam ! je pense qu'en cliquant sur Youtube pour la voir directement elle disparait